Les nouveaux noms séparateurs et les populations superflues, par Dimitri Vergetis

L’article est extrait du numéro 39 de la revue Lignes, intitulé Le devenir grec de l’Europe néolibérale. Il a été publié aussi :  http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/210213/les-populations-superflues. Ici on reprend son titre initial.

l'opération a réussie, le patient est mort

l’opération a réussie, le patient est mort

En Grèce, « forcée de fournir le portrait anticipé de ce à quoi vont devoir ressembler les sociétés occidentales, remaniées sous la férule du néolibéralisme déchaîné » se dessine « une nouvelle biopolitique de l’espèce », « chargée d’assainir le corps social de toutes les existences parasitaires ». 

Depuis 2007 la crise sévit. Voici, d’emblée précisé, le noyau de notre thèse : ce qu’on peut lire en filigrane dans les descriptions et analyses savantes de la crise économique, c’est la mise en place, discrète mais décisive, par le néolibéralisme déchaîné, des prémisses d’une nouvelle biopolitique de l’espèce humaine.

La Grèce : un cas ou un paradigme ?

Commençons par la Grèce. Depuis près de trois ans la société grecque, lentement mais inéluctablement, se délite. Elle se délite sous l’onde de choc de politiques d’austérité d’une brutalité inédite dans l’histoire économique de l’Occident en période de paix. La grande crise de 1929 fait d’ores et déjà pâle figure devant les effets cumulés de la récession qui frappe la Grèce. La causalité sous-jacente à ce désastre, telle qu’elle est mise en récit par les experts et la presse internationale, est régulièrement identifiée à l’explosion de la dette souveraine et au tarissement des ressources budgétaires, suite à une gestion calamiteuse, irresponsablement menée par une classe dirigeante incompétente et compulsivement illustrée par de hauts faits de corruption. Lire la suite

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Grèce : «Le statut de l’employé est aboli au profit de celui de l’esclave», par Panagiotis Grigoriou

http://www.marianne2.fr/Grece-Le-statut-de-l-employe-est-aboli-au-profit-de-celui-de-l-esclave_a220182.html

Aux pieds de l’Acropole mercredi, des rencontres étonnantes et étonnées ont inauguré le tempo de la nouvelle ère sous le mémorandum II bis, dite aussi l’ère samaritaine (de Samaras). Il y avait un car de police en stationnement permanent, les vacanciers de passage, les badauds habituels très nombreux, les musiciens de rue et enfin, les premiers protestataires du centre-ville et de saison, depuis l’ouverture de la nouvelle session parlementaire. A deux pas du sanctuaire du dieu Pan et sans la moindre panique, des employés dans l’hôtellerie et la restauration en grève se sont mêlés aux autres groupes primaires humains aux regards croisés et découvreurs, comme si c’était la première fois, comme dans unfirst contact culturel, stupéfaction encore assurée, au spectacle de notre condition «néo-primitive». On suggéra peut-être à Bob Connolly et à Robin Anderson la réalisation d’une nouvelle trilogie, et nos trois nouveaux frères Leahy seraient sans doute… les Troïkans !Non, ils n’étaient pas très nombreux à battre le pavé ces grévistes de l’hôtellerie et de la restauration en pleine saison et en plein âge de la terreur, mais ils se sont montrés déterminés et courageux. Selon Nikos Papageorgiou, représentant du syndicat unitaire, «il devient urgent de défendre nos conventions collectives car le patronat, la Troïka et le gouvernement ne les conduiront plus au-delà de juillet. Déjà sur le terrain, nous travaillons mais nos salaires ne nous permettent même plus la survie. Les salaires pratiqués lors des nouvelles embauches se situent entre 350 et 570 euros par mois pour un temps plein et tout le monde sait que nous travaillons bien davantage et dans de terribles conditions. Nous ne pouvons pas accepter ces salaires, ni les diminutions exigées par le patronat».  Lire la suite

La supercherie du « Pacte pour la croissance », par Thomas Coutrot et Pierre Khalfa

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/06/27/la-supercherie-du-pacte-pour-la-croissance_1725420_3232.html?xtmc=coutrot&xtcr=1

« Nos amis allemands ne peuvent pas poser deux verrous à la fois, un sur les eurobonds (obligations pour mutualiser les dettes publiques européennes) et un autre sur le refinancement direct des dettes par la BCE », avait déclaré François Hollande le lendemain de son élection au site Slate.fr. La fermeté du ton employé par le candidat socialiste durant la campagne électorale, et réitérée dès son élection, laissait entrevoir la possibilité d’un bras de fer entre le nouveau pouvoir français, auréolé de sa toute fraîche légitimité électorale et soutenu par les gouvernements conservateurs d’Europe du Sud, et un gouvernement conservateur allemand isolé. Une épreuve de force d’où serait sorti, après quelques épisodes de forte tension, un réel compromis, en particulier sur le rôle de la BCE. Cela n’aurait pas résolu les problèmes de fond de la construction européenne, mais permis sans doute de soulager de la pression des marchés financiers des pays qui, sinon, vont inexorablement sombrer dans l’abîme de la dépression.

Pourtant il aura suffi de quelques déclarations tonitruantes d’Angela Merkel et de son ministre de l’économie Wolfgang Schauble pour que les deux propositions iconoclastes disparaissent du « Pacte pour la croissance » que le même François Hollande propose au sommet européen du 28 juin. Il n’y aura pas de conflit, et donc pas de réel compromis, mais une capitulation en rase campagne comme le montrent les récentes déclaration de Jean-Marc Ayrault renvoyant les « eurobonds » à dans 10 ans. Lire la suite

Chypre : une nouvelle Irlande ? par Stavros Tombazos

http://www.cadtm.org/Chypre-une-nouvelle-Irlande

Alors que le modèle de développement chypriote, fondé notamment sur le tourisme bon marché, semblait depuis les années 1990 avoir atteint ses limites, les années 2000 avant la crise mondiale ont constitué des années d’une forte croissance économique. Chypre a adopté l’euro en 2007, mais le taux de change de sa monnaie nationale par rapport à l’euro était fixé, de manière informelle, depuis longtemps. Comme d’autres pays de l’Europe du sud, Chypre a pu profiter de taux d’intérêt réels très faibles, qui ont favorisé aussi bien l’investissement que la consommation des ménages. Ces taux d’intérêt s’expliquent principalement par des entrées nettes de capitaux russes créant une liquidité bancaire abondante. Aujourd’hui, la grande dépendance du système bancaire chypriote à l’égard des dépôts russes est indéniable.

En même temps cependant, comme en Grèce et en Espagne notamment, à Chypre les taux d’intérêt faibles et l’activité économique soutenue des années 2000 avant la crise s’accompagnaient de déficits croissants da la balance courante. De presque 4% en 2000, le déficit de la balance courante est monté à 12,2% en 2008. Mais les économistes néolibéraux ne voulaient rien savoir des inquiétudes d’autres économistes « dogmatiques » qui « ne comprennent rien des vertus de la finance à l’heure de la mondialisation ». Bien sûr, depuis la crise, le déficit de la balance courante diminue à cause de la baisse de l’investissement et du pouvoir d’achat des salariés. En 2001 était de l’ordre de 7, 3%. Lire la suite

En Grèce voici venu le temps des fonds vautours, par Nick Dearden

http://www.cadtm.org/En-Grece-voici-venu-le-temps-des

Les « investisseurs » financiers ont déjà fait un malheur sur la dette grecque, mais leur intervention n’est pas inéluctable : ces vautours peuvent être combattus.

La situation désespérée de l’économie grecque ne fait pas que le malheur des uns, elle fait également le bonheur d’autres. Un groupe « d’investisseurs » financiers a fait des affaires en or sur la dette grecque mardi, simplement en se montrant les plus dénués de scrupules du marché. Lire la suite

Le prochain gouvernement doit refuser les termes de l’accord de « sauvetage », par Yanis Varoufakis

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/05/24/le-prochain-gouvernement-doit-refuser-les-termes-de-l-accord-de-sauvetage_1706860_3232.html

Traduit de l’anglais par Gilles Berton

Selon l’opinion communément admise, la Grèce doit, si elle entend rester dans la zone euro, se plier aux termes et conditions auxquels elle a consenti en échange de son « sauvetage ». Je suis convaincu que l’opinion commune est, une nouvelle fois, profondément erronée ; que la seule possibilité réaliste qu’ait la Grèce de demeurer dans la zone euro est de remettre en cause les termes de son accord de « sauvetage ». En réalité, cela pourrait même être la condition préalable à la survie de la zone euro.

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Où en est la crise dans la zone Euro ?, par Christakis Georgiou

Paru en Suisse dans « solidaritéS » n° 208 (17/05/2012). Titre et intertitres de la rédaction.http://www.solidarites.ch/

Il y a un mois et demi à peu près, la remontée des taux d’intérêt sur les obligations d’Etat espagnoles à un niveau légèrement au-dessus de 6 % a rappelé à pas mal de monde que la crise dans la zone euro n’était pas finie. Les scrutins électoraux du dimanche 6 mai ont confirmé la même chose d’une autre manière.

Il est vrai que, comparés au dernier trimestre de 2011, et en particulier au paroxysme atteint au moment de la démission des gouvernements grec et italien au début du mois de novembre, les quatre premiers mois de cette année ont ressemblé à une croisière tranquille dans des eaux bien calmes.

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