La dissuasion par la noyade : L’Europe forterese et ses cimétières marins, par Vicky Skoumbi

Source: Revue du Conseil Scientifique d’ATTAC « Les possibles » n°2,

https://france.attac.org/spip.php?page=revue-cs&id_article=2895&id_newsletter=1

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Vendredi 21 février 2014

« La garde de frontières ne peut pas se faire sans pertes et pour que je me fasse bien comprendre, elle ne peut pas se faire sans qu’il y ait de morts. » Thanassis Plevris, conseiller du ministère grec de la Santé, cadre du parti Nouvelle Démocratie « Cela a été la pire image de ma vie. J’ai vu mon bébé se noyer et il me regardait. Il continuait à me regarder jusqu’à ce qu’il disparaisse dans l’eau. » Ehsanullah Safi, réfugié afghan, rescapé du naufrage du 19/1/14 à Farmakonisi En novembre 2012 déjà, Giusi Nicolini, la maire de Lampedusa, avait lancé ce terrible appel : « Je suis scandalisée par le silence de l’Europe, qui vient de recevoir le prix Nobel de la paix, face à une tragédie qui fait des milliers de victimes, atteignant les chiffres d’une véritable guerre (…) Quand on sait que pour ces personnes, la traversée en bateau est la dernière lueur d’espoir, alors je dis que leur mort est une honte et un déshonneur pour l’Europe. » La même se disait « de plus en plus convaincue que la politique d’immigration européenne considère ce bilan de vies humaines comme un moyen de modération du flux migratoire, sinon comme moyen de dissuasion » [1]. La preuve incontestable du bien-fondé de cette hypothèse sinistre fut apportée la nuit du 19 au 20 janvier dernier en mer Egée, avec la noyade des douze femmes et enfants tout près de la côte grecque, à Farmakonisi.

Douze de plus, douze de moins, avec le nombre de cadavres qui jonchent déjà les cimetières marins aux bords du territoire européen, cela ne change pas grand-chose, direz-vous. Dans la sinistre comptabilité de noyés – 136 selon l’estimation la plus basse depuis août 2012 seulement en mer Egée –, le chiffre 12 n’a pas de quoi réveiller les consciences et susciter un tollé. Sauf qu’ici, avec le naufrage à Farmakonisi en Grèce, nous avons la preuve irréfutable d’une stratégie délibérément criminelle : la dissuasion par la noyade. Car il ne s’agit nullement d’un fâcheux accident de plus, dû aux prises de risques inconsidérées de passeurs. À Farmakonisi, les douze femmes et enfants qui ont péri en mer ne furent point les victimes d’un naufrage dû aux intempéries ou aux avaries mécaniques ; leur mort a été délibérément causée par le comportement criminel de la garde côtière grecque qui, après les avoir remorqués à très grande vitesse vers la Turquie, leur a refusé tout secours une fois leur embarcation renversée.

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Compte-rendu de la délégation de la coordination parisienne des sans-papiers

  • COMPTE-RENDU DE LA DÉLÉGATION DE LA COORDINATION PARISIENNE
  • DES SANS-PAPIERS (CSP75) A L’AMBASSADE DE GRECE A PARIS

le 21 février 2014-02-25

  •  A l’issue de la manifestation organisée à l’appel de la CSP75
  • afin de dénoncer la responsabilité du gouvernement grec et les politiques européennes
  • pour leurs traitements inhumains contre les migrants.

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Trois délégués choisis par la Coordination des Sans-papiers 75 se rendent à l’Ambassade, rue Vacquerie (75016), à 50 mètres du rassemblement que nous formons au terme de la manif, où des camarades grecs sont venus soutenir les Sans-papiers: Koné ( SP17ème), Camara (CSP 18ème) et François (Diel). Nous sommes reçus par un conseiller de l’Ambassadeur, Monsieur Gaspar VLAHAKIS, à l’accueil, où toute la conversation se déroulera debout, Monsieur Vlahakis ayant sûrement prévu d’en finir vite : nous resterons une bonne heure à lui présenter les raisons de la manifestation auprès de l’ambassade grecque et les revendications des sans-papiers et migrants.

Nous lui disons d’abord la colère et la révolte des Sans-papiers et migrants en Grèce, en Europe, et pour ce qui nous concerne, en France et à Paris, face au naufrage en mer Egée, d’un bateau de réfugiés d’Afghanistan et de Syrie. Et surtout pour deux raisons : la première est que le bateau se trouvait en zone territoriale grecque, et dans ce cas, les accords de Genève sur le droit d’asile obligent l’Etat concerné à l’accueil en vue de l’examen de leur demande d’asile. Or le bateau a été remorqué par la garde-côtière dans les eaux turques, en toute illégalité ! La deuxième, est que le garde-côtière a donné au remorquage une telle vitesse et a slalomé comme s’il tirait un skieur nautique, si bien que la frêle embarcation portant 24 afghans et 3 syriens, a eu vite fait de couler. Ce 21 janvier 2014, 12 personnes, 3 femmes et 9 enfants, ont péri noyées à proximité de l’île de Farmakonisi ( en grec, cela signifie « Le remède » !). Pour nous, si cela s’est passé ainsi, c’est un crime. Nous nous appuyons sur la foi d’un article du « Monde » du 1er février 2014.

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Appel de la Coordination Parisienne ds Sans-papiers à manifester auprès de l’ambassade grec à Paris

L’APPEL DE LA COORDINATION PARISIENNE DES SANS-PAPIERS

( CSP 75 )

                       à  la  manifestation  auprès de l’Ambassade de Grèce à Paris, le vendredi 21 février 2014

afin de dénoncer la responsabilité du gouvernement grec et les politiques européennes

pour leurs traitements inhumains  contre les migrants

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Photo de la manifestation, vendredi 21 février 2014 (par Vicky)

Les faits. Au matin du 21 janvier 2014, 12 personnes, 3 femmes et 9 enfants, ont péri noyées à proximité de l’île grecque de Farmakonisi, lors du naufrage d’un petit bateau de pêche où s’entassaient clandestinement 24 afghans et 3 syriens en provenance du port turc de Didim. C’est dans les eaux territoriales grecques, en Europe, que le drame a eu lieu. La garde-côtière grecque, qui avait localisé le bateau, au lieu de le remorquer vers les côtes grecques, conformément au droit européen qui interdit de renvoyer de force à la frontière des réfugiés virtuellement demandeurs d’asile, l’a refoulé dans les eaux turques. Ce sont des pratiques déjà dénoncées par Amnesty international , dans un rapport de 2013, qui auraient coûté la vie à 136 personnes au moins, selon le journal « le Monde » du 1er février. Les survivants témoignent que le bateau de pêche avait chaviré alors que les gardes-côtes les tiraient de plus en plus vite en faisant des zig-zag, et qu’au lieu d’aider les personnes à monter sur la vedette, ils auraient tenté des les en empêcher en les frappant et en les injuriant. Des pères, dont les enfants ont péri, disent qu’ils n’ont essuyé que de l’indifférence lorsqu’ils ont supplié les gardes côtes pour un gilet de sauvetage.

 Pour le ministre grec de la marine marchande, Miltiadis Varvitsiotis, la mort des ces femmes et de ces enfants n’engage en rien la responsabilité du gouvernement grec. Pour lui, le problème est créé par les adversaires politiques du gouvernement qui voudraient porter atteinte à l’image du pays. Ce n’est pas l’avis du commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Nils Muiznieks, qui dénonce un « acte probable d’expulsion collective ayant échoué ». Mr Varvitsiotis semble finalement le reconnaitre en ajoutant que « personne ne veut ouvrir en grand les portes et octroyer l’asile à tous les immigrants qui se présentent dans ce pays » !

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Les mesures d’austérité en Grèce sont néfastes pour le respect des droits de l’homme

En passant

Source : www.un.org/french/news

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1 mai 2013 – L’expert indépendant des Nations Unies sur la dette extérieure et les droits de l’homme, Cephas Lumina, a prévenu mercredi que les conditions exigées par les bailleurs de fonds internationaux pour le plan de sauvetage de la Grèce risquent d’entraver les possibilités de garantir un niveau de vie conforme aux normes des droits de l’homme pour un nombre considérable de Grecs. « Plus de 10% de la population en Grèce vit désormais dans une pauvreté extrême et le chômage des jeunes a atteint un taux sans précédent de 59,3% », déplore M. Lumina dans un communiqué de presse au terme d’une mission d’une semaine en Grèce où il s’est rendu pour évaluer l’impact de la crise économique et des mesures d’austérité sur la population.

Afin d’éviter le défaut de remboursement, la Grèce a accepté en 2010 les conditions de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international (FMI) pour mettre en œuvre des réductions drastiques des dépenses publiques afin de pouvoir recevoir un empreint d’urgence. Lire la suite

L’évasion comme moyen légitime de protection physique ? La décision audacieuse d’un tribunal grec, par Georgia Bechlivanou Moreau

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Malgré la crise économique et sociale qui sévit en Grèce depuis maintenant quatre ans, ses juges viennent nous donner l’exemple qu’ils restent debout pour défendre la dignité des hommes et des femmes, nationaux et étrangers.

Le caractère historique de la décision rendue par le tribunal correctionnel d’Igoumenitsa, le 2 octobre 2012, sur l’évasion des quinze migrants en est la preuve. Historique non seulement pour la Grèce mais aussi pour l’histoire du droit pénal de tous les pays et certainement des pays de l’Europe.

C’est la première fois qu’un juge national justifie l’évasion comme moyen de mise en application du principe de respect effectif de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme pour la protection de la dignité et de l’intégrité des personnes détenues!

Il existait dans le droit français, un seul motif de justification de l’évasion :  l’aspiration naturelle de l’homme de rechercher sa liberté.  En effet le droit pénal français, avant 2004, ne punissait pas la simple évasion. C’est ce qui résulte de la lecture a contrario de l’article 245 du code pénal qui incriminait uniquement le fait de s’évader par violence, effraction ou corruption. Lire la suite

Crise en Grèce : contre les stéréotypes, un peu d’histoire ! par Michel Calapodis

 

 Avatar de Michel CalapodisLE PLUS. Fainéants, fraudeurs d’impôts, pas vraiment intégrés dans l’Union européenne… Les reproches et clichés pleuvent sur les Grecs depuis plusieurs mois. Les origines de la crise sont pourtant à chercher ailleurs que dans la supposée composition des Grecs, tient à préciser Michel Calapodis, docteur en études néo-helléniques.

Une employée dans le hall de la Bourse d'Athènes, le 07/05/12 (LOUISA GOULIAMAKI/AFP)

Une employée dans le hall de la Bourse d’Athènes, le 07/05/12 (LOUISA GOULIAMAKI/AFP)

La crise grecque « par essence » n’existe pas

D’emblée rappelons quelques constats d’ordre économique bien trop souvent évacués : il n’existe pas de crise grecque sui generis. Quels que soient son degré et son étendue, cette crise ne relève ni d’une extranéité ontologique qui ferait du cas grec l’oiseau rare des crises économiques ni d’un supposé prédéterminisme du peuple grec, tendanciellement voué à la fraude, au laxisme et à la fainéantise. Lire la suite

Montée du racisme en Grèce : l’UE et l’Allemagne ont leur part de responsabilité, par Benjamin Abtan

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/726329-montee-du-racisme-en-grece-l-ue-et-l-allemagne-ont-leur-part-de-responsabilite.html

Mouvement antiraciste européen

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LE PLUS. En Grèce, depuis les élections du printemps dernier marquées la percée du parti néo-nazi Aube Dorée, les associations de défense des droits relèvent une hausse des violences racistes. Pour Benjamin Abtan, président du Mouvement antiraciste européen (EGAM), Aube Dorée est investie d’un funeste sentiment de toute-puissance offert par la démission des démocrates européens.

Dans une indifférence européenne coupable, la Grèce se rapproche dangereusement de l’explosion sociale et raciale.

Dans les rues d’Athènes, les réfugiés et les immigrés ont peur. Des quartiers entiers leur sont de facto interdits car y rôdent les milices du parti néo-nazi Aube Dorée qui organisent régulièrement des ratonnades. Lire la suite