Chantage et dilemmes peu avant la fin

de George Katrougalos

source http://www.epohi.gr/

« L’administration allemande n’est pas prête à accepter plus avant un mauvais usage de la liberté offerte au peuple, et l’invite donc à se ressaisir et à ne pas se laisser entraîner par quelques agitateurs. (…) Le peuple grec paisible et respectueux des lois est appelé à choisir entre la sécurité et la paix, que l’administration allemande lui assure, et les malheurs qui l’attendent, s’il continue à vouloir à se laisser entraîner par des éléments subversifs. »

Ceci était l’annonce du gouverneur allemand Velfinger quelques jours avant l’holocauste de Kalavryta. Et comme nous le savons tous, finalement ce ne sont pas les rebelles de l’ELAS qui furent victimes de la colère des nazis, mais les civils innocents à qui on avait promis la « sécurité et paix » allemande. Donc, que ceux qui succombent à la campagne de terreur orchestrée par les médias et MM Juncker et Moscovici, sachent qu’ils seront eux-mêmes les premières victimes de l’inévitable holocauste économique dans le cas (heureusement improbable) où les protégés de nos suzerains resteraient à la tête du pays.
Similitudes et différences
La comparaison, bien entendu, est exagérée. Mme Merkel et M. Juncker ne sont pas des nazis, pas plus que les employés de la troïka ne sont une armée d’occupation. Le dilemme, cependant, est peu ou prou le même et a l’aspect d’un ultimatum. Le peuple grec est appelé à choisir entre la poursuite d’une politique qui s’est avérée catastrophique tant pour la société que pour l’économie, et une destruction indicible, qui n’est jamais décrite explicitement, mais reste dans l’ombre, comme toutes les bonnes histoires de fantômes. Est-ce qu’en réalité le dilemme n’est pas soumission volontaire ou faillite? Sommes-nous condamnés à choisir entre la peste et le choléra, comme l’a récemment écrit Habermas?
Et pourtant, le véritable dilemme est tout autre. Même nos suzerains ont un autre maître. N’est-il pas unique ce refrain permanent de croassements et de lamentations quant à l’arrivée de SYRIZA au gouvernement? Que feront les marchés? Comment peut-on les rassurer? Le fondamentalisme néolibéral a depuis longtemps abandonné toute idée d’un contrôle politique du Frankenstein financier. « Si affirmer que les marchés bourso-financiers ne répartissent pas les capitaux mondiaux de façon rationnelle et stable est une hérésie, alors l’idée même d’imposer des contrôles sur les mouvements de capitaux est un péché mortel », écrivait le bureau d’évaluation du FMI dans un rapport interne de 1998(1).
Le mythe du passage obligé
Et pourtant, le capitalisme européen a acquis un visage humain, précisément parce qu’il a réussi à contrôler politiquement et à réguler juridiquement les marchés nationaux via les politiques keynésiennes et la consécration des droits sociaux. La faiblesse du contrôle démocratique correspondant et la régulation des marchés internationaux (surtout boursiers) est la cause principale de la crise. Par conséquent, si l’État-social a été la plus importante conquête de la culture juridique européenne après la guerre, la Commission européenne et la politique de Berlin constituent aujourd’hui les forces les plus anti-européennes de la planète. Et jusqu’à Obama qui a l’air hyper-keynésien devant ces nains de politiciens qui se sont donné à fond sur les marchés. Et pourtant, en se soumettant entièrement à la frénésie des capitaux boursiers ils aggravent la crise de la zone euro, malgré les efforts pour isoler le virus grec. Ces options ont été testées quatre années durant, évaluées et jugées insuffisantes. Alors que l’Europe est déjà dans les filets de la déflation et de la stagnation économique, l’économie des États-Unis croit au rythme de 3,8%.

Par conséquent, les politiques d’austérité ne constituent pas un passage obligé. Au contraire, la seule solution alternative réaliste est de s’en désengager. Les Grecs, bien sûr, doivent savoir que cette entreprise, qui est obligatoirement liée dans notre pays autant au désengagement des mémorandums qu’à la fin des combines, ne sera pas une promenade de santé. Quelle est la condition nécessaire à la réussite d’un gouvernement de gauche? Outre l’évidente nécessité de faire preuve de conséquence en paroles comme en actes, une condition sine qua non est de soutenir un large et puissant mouvement populaire, pas simplement de le contrôler ou de le soutenir, mais d’être à ses côtés dans les conflits nécessaires.
De la Grèce à l’Europe
Et notre grand espoir réside dans le fait que SYRIZA mène en ce moment une lutte pour tous les peuples d’Europe. Dans aucun pays, sauf peut-être en Allemagne, les sociétés ne tolèrent plus le cauchemar de l’austérité. Partout les systèmes politiques sont en phase de déstabilisation, parce que les élites ne peuvent plus gouverner comme autrefois, pas plus que « ceux d’en bas » ne veulent être gouvernés comme avant. Même le gouvernement suédois est tombé en raison de son incapacité à faire adopter le budget d’austérité par le parlement. L’Italie et la France ont rendu de fait le pacte budgétaire inactif. Malgré les efforts, par conséquent, pour renforcer institutionnellement la protection de l’Union européenne contre la transmission du virus grec, le système de pouvoir est maintenant exposé à la contamination politique qu’un gouvernement de SYRIZA entraînera pour l’Europe du sud .
Donc, même si les cercles d’intérêt les plus extrêmes, qui profitent de l’austérité, voulaient provoquer une asphyxie dans notre pays, ils y réfléchiraient à deux fois. D’une part, un tel aventurisme similaire ouvrirait l’outre d’Éole et déstabiliserait la zone euro avec des conséquences imprévisibles. D’autre part – et surtout – leurs sociétés ne les suivraient pas sur cette pente glissante. Au contraire, le succès de la gauche en Grèce peut être le catalyseur d’un effet domino politique de renversements sur tout notre continent.
Et cela dépend de nous – de chacun de nous.
Remarque:
(1) Comme cité par Naomi Klein, La stratégie du choc: la montée d’un capitalisme du désastre, Éditions Livanis, Athènes, 2010, p. 368
* George Katrougalos est député européen de SYRIZA

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s