Le calendrier politique grec à venir : La non élection du président , des élections parlementaires anticipées et l’arrivée de SYRIZA au pouvoir?

La vie politique ne manquera pas de piment en cette fin d’année. Le 29 décembre 2014 nous saurons si nous aurons ou pas l’annonce de la dissolution du parlement grec et l’annonce d’élections parlementaires anticipées.

Ce scénario est fort probable. Pourquoi ?

Le président de la Grèce K. Papoulias se trouve en fin de mandat. Un nouveau doit être élu. En Grèce il est élu par les députés. Son poste est assez honorifique mais il y a une particularité. Si aucune personne ne rassemble sur sa candidature au moins 180 des 300 députés que compte le parlement grec, celui-ci est dissolu. Précisons que le vote du président aura lieu en trois tours en décembre. A chaque fois le nombre de députés nécessaire pour son élection diminue jusqu’à atteindre le seuil minimum des 180.

La coalition gouvernementale de la Nouvelle Démocratie (droite) et du PASOK (P.S grec) a proposée l’ancien commissaire européen à l’environnement Stavros Dimas.

Leur problème c’est que leurs groupes parlementaires rassemblent à eux deux 155 députés.

Le 17 décembre à eu lieu le premier tour de l’élection, 160 députés ont votés pour S. Dimas. Le 23 décembre à eu lieu le deuxième tour de l’élection, 168 députés ont votés pour S. Dimas. La différence des 8 sont des députés « indépendants » dont 2 ex Aube dorée. Il semble peu probable qu’ils arriveront aux 180 députes ?

Leur ancien allié DIMAR (Centre / Centre gauche) ne compte pas joindre ses 14 députés pour élire un président. Les ANEL[1] (Droite nationaliste) et ses 18 députés non plus. Le temps passe et la pression monte. Ni la Nouvelle démocratie, ni le PASOK ne souhaitent des élections. Ils ont été défaits aux dernières élections européennes. Pour la première fois en Grèce depuis 40 ans un autre parti qu’eux : SYRIZA (gauche) à pris la première place dans les urnes. Les sondages actuels donnent à SYRIZA une avance de 3 à 5% sur la Nouvelle Démocratie. Le PASOK lui passerait du statut d’un poids lourd de la politique grecque à un poids plume. Entre 1974 et 2009 il rassemblait 40% de suffrages. Il est passé à 13% en 2012 et les sondages lui donnent 4 à 5% d’intentions de vote actuellement.

La coalition gouvernementale n’est pas pressée de se retrouver devant les électeurs mais les autres partis ne souhaitent pas se joindre à eux. Pour essayé de rassembler les 180 la Nouvelle Démocratie et le PASOK font du pied individuellement à tous les députés possibles. Ils comptent bien sûr sur une partie des 24 députés indépendants. 10 d’entre eux auraient déjà refusés. L’angoisse est-elle qu’A. Samaras, le premier ministre aurait téléphoné personnellement à certains députés des ANEL pour les faire changer d’avis. C’est ce qu’a annoncé en conférence de presse le président des ANEL P. Kamenos[2]. Il fait état de députés ayant reçus plusieurs coups de fils du premier ministre. Les députés des ANEL auraient reçus aussi provenant d’autres personnes des pressions d’une autre nature, cela va des menaces aux promesses de cadeaux.

Les membres de la Nouvelle Démocratie et du PASOK savent qu’à priori S. Dimas ne sera pas élu président. Plusieurs futurs candidats (une petite dizaine pour l’instant) aux sièges de député ont démissionnés cette semaine de leurs postes dans les ministères ou l’administration afin de se préparer à une campagne électorale très brève. Les élections auront lieu fin janvier ou début février. Tous sont issus de la N.D et du PASOK. Je ne serai analyser ici quelle stratégie électorale suit A. Samaras mais il est certain qu’il essaye d’imposer son calendrier. Remis en question dans son propre camps ces derniers mois il a peut être tenté de forcer le regroupement derrière lui. Il a peut être aussi tenté de choisir le moment de la passation de pouvoir à Syriza. Syriza au gouvernement en début 2015 mais sur une planche savonné.

A. Samaras a déjà annoncé la couleur de sa stratégie en vue des élections parlementaires.C’est pour le moment la même qu’en 2012, elle se résume à un ‘SYRIZA ou l’euro’. Ce message destiné à gouverner par la peur signifie aux électeurs que si vous votez pour SYRIZA ca sera la sortie de l’euro. En 2012 il avait réussi à saper ainsi par la peur des votes et des soutiens potentiels à SYRIZA, notamment à l’étranger.

La Grèce ne pèse pas lourd dans l’économie européenne mais elle est devenue ces dernières années un repère d’un côté et une première historique de l’autre.

Un repère car plusieurs partis de la gauche européenne (à gauche des socialistes) aimeraient voir SYRIZA au pouvoir pour voir ce que l’on peut expérimenter comme autres manières de faire en Europe. La droite y a vu un territoire d’expérimentation en Europe de politiques ultras libérales avec ce que cela veut dire en terme de démantèlement d’un Etat européen et de dérégulation du travail.

Une première historique car c’est la première fois que l’on s’est posée la question de la possibilité de sortir un pays contre ou avec son accord de la monnaie commune : l’euro.

Apparemment SYRIZA fait toujours peur. Malgré la situation catastrophique dans la quelle les mesures d’austérités ont menées la Grèce, tenter une autre approche, une approche  »de gauche  » n’est pas envisageable pour l’élite européenne.

Plusieurs acteurs sont entrain d’essayer de faire plus ou moins discrètement pression sur l’opinion publique et le monde politique afin que SYRIZA ne puisse pas accéder au pouvoir. Les déclarations dans la presse sont une variante du message de A. Samaras, votez SYRIZA et ça sera la catastrophe.

La première étape est de convaincre  20/25 députés qui manquent à la coalition gouvernementale de voter pour le président S. Dimas. La deuxième sera de faire tout ce qui est possible afin que SYRIZA n’accède pas au pouvoir.

Le monde de la finance a donné un signal fort au moment ou A. Samaras à annoncé qu’il avançait de 2 mois l’élection du président. Devant l’échec annoncé la bourse d’Athènes à perdu 10%

La Commission européenne a déjà franchit une ligne rouge en soutenant A. Samaras le 10/12/2014. Le Commissaire européen à l’économie P. Moscovici s’y met à son tour. Comment remercier le Commissaire de sa non intervention dans les affaires d’un pays de l’union?

Il faut comprendre le paradoxe dans le quel se trouve les différents acteurs politiques européens. Les seuls partis qui acceptent les conditions qui ont été imposées à la Grèce et de maintenir le cap de la politique ultra libérale mise en place sont la Nouvelle Démocratie (droite) et Le PASOK (P.S grec). Ils sont soutenus par la Troika (Commission européenne, la Banque européenne et FMI). Le paradoxe c’est que ces deux partis se sont partagés le pouvoir les dernières 40 années. Depuis 1974, quand la Grèce a pu retrouver un régime  »démocratique » après une période de presque 40 ans de régimes autoritaires ou militaires. C’est à dire de 1936 à 1974.

Ce qui en découle c’est que la Nouvelle Démocratie et le PASOK sont les uniques responsables politiques de la situation dans la quelle se trouve la Grèce aujourd’hui. La responsabilité des autres acteurs du pays (hommes d’affaires, Religieux, syndicats, etc) ainsi que celle des électeurs existe mais là on parle de la responsabilité des politiques. La dette c’est la Nouvelle Démocratie et le PASOK, les dysfonctionnements de l’état c’est encore eux, l’urbanisme non régulé dans les grandes villes, encore eux. La liste est longue et pourtant il règnent encore, même affaiblis. Aux yeux de la Troika  il n’y a pas d’autres partis de poids dans le paysage grec qui soit en position de gérer les mesures qu’elle impose au pays. Le manque d’alternatives pousse les partenaires européens dans un jeux de ‘realpolitik’ malsain qui ne peut pas être bénéfique à la Grèce. Au lieu de les interroger sur leurs responsabilités elle soutient la N.D et le PASOK. Ce soutien a une unique raison : barrer la route du pouvoir à SYRIZA.

Il y accèdera probablement en 2015 et on sent se profiler la stratégie de la planche savonnée. On laisse Syriza gouverner un petit temps et on l’aide à se casser la gueule. L’idéal, c’est que Syriza soit obligé de s’allier à un autre parti pour gouverner. Un parti qui avec 15 ou 20 députés pourrait agir comme un levier de pression sur la politique gouvernementale et éventuellement le moment opportun se retirer pour faire chuter le gouvernement. C’est le rôle que donnent les mauvaises langues à To Potami (La rivière), un parti de centre gauche né en 2014. Soutenu par certains grands hommes d’affaires il se trouve à la 3em place dans les sondages.

Les mois qui suivent seront riches.Tenez-vous prêts à l’annonce de nouvelles élections parlementaires en Grèce pour fin janvier, début février 2015

Affaire à suivre

N.P

[1] Traduction littérale : Parti des grecs indépendants. C’est un parti de droite nationaliste crée en 2012 par plusieurs députés issue de la Nouvelle Démocratie.

[2] http://www.efsyn.gr/arthro/kataggelia-vomva-kammenoy-tilefona-samara-se-voyleytes-ton-anell

https://initiativegrecqueaparis.wordpress.com/2014/12/23/grece-a-t-on-tente-dacheter-la-presidentielle/

Une réflexion au sujet de « Le calendrier politique grec à venir : La non élection du président , des élections parlementaires anticipées et l’arrivée de SYRIZA au pouvoir? »

  1. Les jours qui viennent vont être cruciaux non seulement pour la Grèce, mais pour le reste de l’Europe qui suit avec attention ce qui se passe là-bas. S’il y a élections anticipées, les grecs oseront-ils franchir le Rubicon, et donner aux peuples européens le signal de la fin de la peur?

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