Grèce: Enlèvement brutal et extradition expéditive de Bulut Yayla, réfugié politique turc

Nous publions ici le communiqué du « Groupe d’avocats pour les droits des immigrants et des refugiés » (source: http://omadadikigorwnenglish.blogspot.fr/2013/06/par-rapport-au-cas-de-disparition.html), ainsi que le communiqué de presse du député de Syriza Dimitris Tsoukalas, traduit par Giorgos Mitralias (source en grec: tvxs.gr/node/130595.

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Communiqué du « Groupe d’avocats pour les droits des immigrants et des refugiés »

Le jeudi 30 mai 2013, à 21h30, Bulut Yayla, 24 ans, réfugié politique d’origine turque, a été immobilisé, violemment battu et enlevé en plein centre d’Athènes, et ce devant une multitude de témoins.

Les plaques d’immatriculation relevées par les témoins correspondent à des véhicules de la police grecque. Pourtant, la police nie tout lien avec l’incident, malgré l’insistance des camarades de Bulut Yayla, d’avocats et d’acteurs politiques.

Le samedi 1 juin, à midi, les proches de Bulut Yayla ont annoncé qu’il est détenu au département Anti-Terroriste de la Police à Istanbul. Bulut Yayla dénonce que des personnes qui parlaient grec l’ont mis de force dans une voiture, en couvrant sa bouche et ses yeux. Par la suite, il a été transféré dans une seconde voiture. Cette fois, ses détenteurs parlaient grec et turc. Il est enfin passé aux mains d’un troisième groupe qui parlait turc et anglais. Pendant toute la durée de sa mise en otage, Bulut Yayla a été maltraité et a subi des violences extrêmes. 

Le vendredi midi, 31 mai, Bulut Yayla a été livré a la police de Edirn, d’ou il a été finalement transféré à l’unité Anti-Terrorriste d’Istanbul.

La disparition forcée de Yayla Bulut constitue l’expression la plus sombre du fascisme d’État. Les autorités grecques et turques ont coopéré et ont fonctionné comme acteurs de violence crue et illégale, au mépris de l’État de Droit, en niant la nature même de chaque être humain en tant que sujet de Droit. Le non-respect des procédures d’ asile, d’extradition et de déportation, le piétinement du contrôle juridique, le traitement d’un être humain comme s’il s’ agissait d’ un corps sans voix, ne peuvent que créer la peur, l’insécurité, l’indignation et la colère de tout citoyen.

Ce n’est pas la première fois que les autorités de l’État, au nom de la « guerre contre le terrorisme», procèdent à une coopération internationale ayant pour but la dégradation totale de l’existence et de la dignité humaine.

Nous, juristes, savons que les lois et procédures légales découlant de l’État de Droit sont et seront toujours menacées en premier lieu par l’État lui-même. 

Face à ces comportements illicites et de nature fasciste, nous déclarons que nous serons solidaires a toute victime de l’arbitraire d’État. 

Nous persisterons toujours à donner la parole aux plus démunis que l’ arbitraire d’ État veut faire taire, à indiquer au public ceux que les collaborations transnationales sombres tentent d’effacer, de montrer du doigt les responsables malgré l’opacité, la dissimulation et le mensonge.

Notre but n’est pas la remise des choses en l’état, étant donné que l’avenir de Yayla Bulut est fixé et l’atteinte aux droits démocratiques irrémédiable. 

Nous dénonçons la Police Grecque qui pendant des années empêche de manière organisée et systématique le dépôt des demandes d’asile. Yayla Bulut a essayé de soumettre sa demande d’asile, mais en vain, et ce en dépit du fait qu’il est un réfugie politique et victime de tortures en Turquie dues à ses convictions politiques.

Nous dénonçons le Gouvernement grec et les accords internationaux inavouables auxquels il participe. Cette attitude conduit a la persécution systématique des réfugies politiques de Turquie en activant des mandats internationaux, aboutit au contournement et à la dégradation de la Justice et ouvre la voie aux demandes voilées et sans raison d’extradition. 

Notre préoccupation est la protection et le maintien des droits, des libertés et de la dignité humaine face à un mécanisme en pleine dégénérescence ; face à un mécanisme qui utilise la dévalorisation constante des libertés, les disparitions forcées, les enlèvements, en violant tout semblant de légalité et en mettant en peril le minimum même du respect de la personne humaine.

à Athènes, le 02 juin 2013. 

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Communiqué de presse / Déclaration de Dimitris Tsoukalas, député de SYRIZA-EKM et responsable du Secteur de l’Ordre Public et de la Protection du Citoyen

Les souvenirs de l’affaire Ocalan refont surface : la Police Grecque jouant la comédie ou étant marginalisée ?

Vendredi 31 mai et samedi 1 juin 2013, j’ai passé plusieurs heures en appelant et en rencontrant des dirigeants haut placés de la Police grecque, dans une tentative de découvrir où se trouve le réfugié politique torturé d’origine turque Bulut Yayla.

Du moment que j’ai divulgué que Bulut Yayla avait été enlevé de façon violente et cinématographique au carrefour des rues Solonos et Kapodistriou par des inconnus en civil qui devant les yeux des passants l’ont frappé, bâillonné et « emballé » dans une voiture, ils ont lancé une opération pour le localiser.

J’étais présent quand ils appelaient tous les Commissariats de police du centre d’Athènes, depuis les Commissariats de la Sureté jusqu’à la Sureté des ressortissants étrangers, sans résultat. La réponse était toujours la même : « Il n’existe nulle part, donc nous ne l’avons pas ».

C’est ainsi que j’ai dû m’adresser au chef des services anti-terroristes, mais lui aussi, après avoir enquêté, m’a assuré qu’ils n’y sont nullement impliqués et qu’ils demandent s’il y a quelqu’un qui a vu le numéro d’immatriculation de la voiture.

Pendant toutes ces démarches, le chef de la Police grecque était informé et en contact avec moi, et faisait sa propre enquête sans avoir des résultats.

Quelques heures plus tard, pour le malheur des certains, j’ai été informé du numéro d’immatriculation de la voiture par des témoins oculaires. Immédiatement, comme c’était mon devoir, j’en ai informé le chef du service anti-terroriste qui a informé, à son tour, le chef de la Police (ELAS). Une demi heure plus tard, ils m’ont informé que la plaque d’immatriculation appartient à une voiture de la Police !

Le lendemain matin, je me sui rendu de nouveau au bureau du chef du service anti-terroriste pour demander, sous la lumière des nouvelles donnés, que soient localisés la voiture et ses passagers. Tandis qu’on me racontait qu’ils étaient en train d’enquêter, mon téléphone a sonné et j’ai appris par des amis de Bulut Yayla qu’il se trouvait déjà dans les locaux du service Antiterroriste d’Istanbul. Ils l’ont appris parce que les services anti-terroristes turcs avaient déjà demandé aux parents et à l’avocat de Bulut Yayla de lui rendre visite…

Nous connaissons parfaitement ce qui s’est passé pendant au trajet Exarchia-Istanbul. d’où l’implacable question : Est-ce que la Police grecque a participé a l’enlèvement illégal et à la livraison du refugié politique aux autorités turques ? Si oui, elle mérite son salaire de comédien. Si non, quelles sont les services secrets, grecs ou étrangers, quel est l’État ou les barbouzes d’État qui ont effectué l’enlèvement, le passage à tabac et la livraison de Bulut Yalya ? Enfin, qui en a donné l’ordre ?

Le ministre Dendias, tout comme le Premier ministre lui-même en sont responsables devant la loi, devant le peuple grec. Et ils doivent répondre : est-ce possible que les lois de l’État soient si facilement bafouées et les lois et les conventions internationales violées  tout simplement parce que le gouvernement turc l’a voulu ainsi ? Ce même gouvernement qui montre ces jours-ci son vrai visage en réprimant de façon barbare le peuple turc en révolte ?

à Athènes, le 3 juin 2013

3 réflexions au sujet de « Grèce: Enlèvement brutal et extradition expéditive de Bulut Yayla, réfugié politique turc »

  1. Ping : Grèce: Enlèvement brutal et extradition expéditive de Bulut Yayla, réfugié politique turc | SYRIZA PARIS

  2. Qu’est-ce qui vous dit que cela n’a pas été fait pas les services turcs?
    La plaque d’immatriculation ne prouve rien : vous croyez que ce genre de services circule avec des vraies plaques et des cartes professionnelles?
    On n’entend jamais le Syriza dénoncer la Turquie d’ailleurs. Là vous ne le faites que pour vous en prendre à la police grecque.
    Pour info, c’est Erdogan, dont vous qualifiez les agissements de « barbares, » qui a autorisé le manifeste du parti communiste de Karl Marx en février dernier. Avant c’était interdit en Turquie

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