La Troïka a-t-elle acheté le retour de la drachme ?, par Philippe Légé

http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-lege/020313/la-troika-t-elle-achete-le-retour-de-la-drachme

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L’ex-premier ministre grec vient de porter de lourdes accusations contre la Troïka. En aout 2011, les émissaires de la BCE, du FMI et de la Commission européenne auraient proposé au gouvernement grec « des fonds pour organiser une sortie en douceur de l’euro« . Ces propos, rapportés par le quotidien grec Ekathimerini, sont très embarassants pour la Troïka car ils contredisent le discours officiel selon lequel une sortie de la Grèce n’était pas souhaitable, Athènes ayant sa place au sein de la zone euro.

Si elles ne sont pas encore corroborées, ces accusations sont toutefois plausibles. Qu’est-ce qui aurait pu inciter Evangelos Venizelos à révéler de tels faits? Il faut replacer ces propos dans leur contexte. La scène a eu lieu hier au Congrès du parti socialiste grec, le PASOK. Monsieur Venizelos, qui a notamment été ministre de la Défense, vice-premier ministre, ministre des Finances puis premier ministre, était sans doute très énervé.

Premièrement, son parti, qui partageait le pouvoir avec les Conservateurs depuis 1974, a été laminé aux dernières élections (12,2% des suffrages). Et la chute se poursuit: selon plusieurs sondages, seuls 7 à 8% des électeurs voteraient aujourd’hui pour le PASOK.

Deuxièmement, Evangelos Venizelos est mis en cause dans le maquillage des comptes publics grecs. Il ne s’agit pas de la désormais célèbre sous-estimation du déficit intervenue il y a une dizaine d’années afin de faciliter l’adhésion à la zone euro. Les coupables sont déjà connus. Non, il s’agit ici de la surestimation du déficit en 2009 qui a eu pour effet de précipiter l’intervention du FMI et de justifier les plans de rigueur.

Troisièmement, le prédécesseur de Monsieur Venizelos a préféré laisser celui-ci en première ligne et n’a même pas jugé nécessaire de participer au Congrès de son parti. George Papandreou, Président de l’Internationale Socialiste, avait mis en oeuvre les premiers plans de rigueur. Il partage avec Monsieur Venizelos la responsabilité de la guerre enclenchée contre le peuple grec. Et de l’effondrement électoral du PASOK. Mais à l’heure des bilans politiques, Monsieur Papandréou est absent…

On conçoit donc l’énervement de Monsieur Venizelos hier. Et dans de telles circonstances, ses propos peuvent sembler plausibles. Ils pourraient aussi expliquer pourquoi les dirigeants européens ont feint la surprise à l’automne 2011 au sujet du referendum proposé par Papandreou, alors que ce dernier les en avait informé.

Il existe toutefois une deuxième possibilité: ces déclarations sont peut-être pour Monsieur Venizelos la tentative désespérée, dans une situation politique très difficile, d’apparaître pour ce qu’il n’est pas: un dirigeant capable de résister et de dire non à la Troïka. “Then we received proposals to receive funding so there would be a velvet exit from the euro. We rejected them.”.

Enfin, et c’est l’hypothèse qui a ma préférence, les deux explications ne sont pas nécessairement contradictoires…

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