Voyous, cafards, journaleux… nous le sommes, par Aris Chatzistefanou

source : http://info-war.gr/2013/02/%CE%B1%CE%BB%CE%AE%CF%84%CE%B5%CF%82-%CF%81%CE%BF%CF%85%CF%86%CE%B9%CE%AC%CE%BD%CE%BF%CE%B9-%CE%B4%CE%B7%CE%BC%CE%BF%CF%83%CE%B9%CE%BF%CE%B3%CF%81%CE%AC%CF%86%CE%BF%CE%B9-%CE%B5%CE%AF%CE%BC%CE%B1/

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Voici l’histoire : Une revue, Unfollow, présente un sujet sur la contrebande de pétrole où apparaissent comme impliqués le fournisseur de la flotte américaine, D. Melissanidis, et le bien-connu et non moins fameux oligarque Sp. Latsis.

Peu de 24 heures après, le rédacteur de l’article, L. Charalampopoulos, reçoit un appel menaçant depuis les bureaux de la société de D. Melissanidis. A l’autre bout du fil, quelqu’un qui prétend être Melissanidis lui-même menace de tuer le rédacteur et sa famille et de «déchirer» le procureur qui osera s’occuper de l’affaire.

L’ESIEA (Union des journalistes de la presse quotidienne d’Athènes) et son président, D.Trimis, interviennent aussitôt et condamnent le fait.

Le lendemain, un conseiller du premier ministre, membre de l’extrême droite (qui demande régulièrement le déploiement des forces armées à l’intérieur du pays), sous son chapeau d’avocat de Melissanidis, demande entre autres la radiation des commentaires à la page électronique de la revue.

Jusque ici, tout va bien. Ce sont des phénomènes quotidiens à toutes les dictatures d’Afrique subsaharienne, sans exception, dans des pays qui se trouvent sous le contrôle du FMI. Cela arrive également aux ex-Républiques soviétiques où des groupes d’oligarques, après s’être approprié le contrôle de la fortune publique par le biais des privatisations, assassinent leurs concurrents politiques. On peut rencontrer des incidents semblables à des pays comme la Colombie où des bataillons paramilitaires meurtriers attaquent des travailleurs et des syndicalistes.

Il n’y a donc aucune raison que cela n’arrive pas, aussi, en Grèce de Samaras, de Venizelos et de Kouvelis.

Le problème – et je demande des excuses si je deviens fatigant sur ce point – est que cette histoire, qui pourrait devenir un film à Hollywood, n’est même pas affichée dans une colonne des journaux, et même pas une seconde ne lui est consacrée aux chaines de télévision.

Ceux parmi nous qui ont déjà travaillé pour de grands « magasins » de presse   en Grèce ou à l’étranger, nous connaissons que, habituellement, ceci n’est pas de la responsabilité des rédacteurs en chef. Par exemple, si un pays considère qu’un tel pétrolier est une bombe environnementale et menace de le faire couler s’il entre dans ses eaux territoriales, et ce pétrolier appartient au même propriétaire que le média où tu travailles, alors tu ne peux pas écrire sur ce sujet (même s’il y a eu des exceptions).

Tu ne peux pas non plus publier des photos des ponts qui se sont effondrés si le média où tu travailles est contrôlé par l’entreprise de construction de ces ponts.

Cependant tout journaliste de nos jours a aussi son blog personnel, un compte twitter et facebook, et beaucoup d’autres manières d’exprimer son avis. Il y a surtout des médias « alternatifs » qui, même s’ils accueillent des publicités des banques ou d’organismes publics, soutenaient toutes ces dernières années des voix indépendantes.

Lorsque tous ces journalistes et tous ces blogs se taisent sur les menaces de meurtre d’un journaliste, la société a tout le droit de crier « voyous, cafards, journaleux »[1]. De plus, il n’y a aucune raison d’acheter les journaux qui n’ont pas mentionné le fait – et qu’il serait bien qu’ils ferment –, tandis que la société acquiert automatiquement le droit de manifester devant les bureaux des radios et des chaines de télévision qui contrôlent les fréquences publiques –c’est-à-dire qui contrôlent ce bien public qu’est l’information.

Manifestement, ceci est injuste pour des centaines d’autres journalistes qui donnent des combats quotidiens de dignité contre la censure de leurs chefs. Ceux-ci sont les vrais héros; ils mettent en danger le petit revenu de leur famille pour l’honneur du journalisme (pour éviter des malentendus éventuels, je ne me considère pas comme un de ces héros).

Mais que faire ? Ce ne sont pas les minorités qui marquent un secteur professionnel entier. Si la société, en général, décide que les flics sont des cochons et des assassins [2] et que les journalistes sont des voyous et des cafards… peut-être elle en sait quelque chose.

[1] Ndtr : Slogan souvent scandé par les manifestants en Grèce

[2] idem.

Une réflexion au sujet de « Voyous, cafards, journaleux… nous le sommes, par Aris Chatzistefanou »

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