Grèce : la descente infernale continue, par Etienne Haug

http://hivereuropeen.wordpress.com/ et http://www.okeanews.fr/grece-la-descente-infernale-contintue-article-invite/

GRÈCE : UN AN DE PLUS ET RIEN DE NOUVEAU

« Jusqu’ici, tout va bien… »

Cet article est le deuxième d’une série de trois, rédigés en conclusion du travail documentaire Chroniques d’un hiver européen, une série relatant le vécu quotidien des mesures d’austérité par la population grecque.
Le documentaire est disponible gratuitement sur le site du projet  :http://hivereuropeen.wordpress.com

Chômage en Grèce :

Année Prévisions de la Troïka en Septembre 2010 : Réalité :
2010 11,80% 14,40%
2011 14,60% 21,20%
2012 14,80% 25,4%*

Croissance économique de la Grèce (PIB) :

Année Prévisions de la Troïka en Septembre 2010 : Réalité :
2010 -4,00% -4,90%
2011 -2,60% -7,10%
2012 +1,10% -7,00%**

(* chiffre à la fin Août 2012
**prévision début novembre 2012)

—–

Cela fait presque un an que les premiers épisodes des Chroniques d’un hiver européen ont été enregistrés à Athènes. C’était en décembre 2011.

Depuis, on pourrait dire que rien n’a changé. Il s’est peut être passé beaucoup de choses mais au bout du compte, rien n’a changé. Cela ne signifie pas que les choses en sont au même point, mais que la chute libre a continué durant toute cette année.

En décembre 2011, les habitants d’Athènes me disaient qu’ils avaient senti un point de bascule vers l’été 2011, moment où tout s’est accéléré et où la décomposition de la société a commencé à vraiment se faire sentir. Dans les témoignages enregistrés dans le documentaire, ils avaient donc ce sentiment depuis 6 mois. Aujourd’hui, on en arrive à un an et demi vécu à cette cadence.

Je n’ai pas pu retourner à Athènes entre temps. Par les contacts que j’ai gardés, je sais juste qu’aujourd’hui, tout est bien pire. Il n’y a plus 17% de chômeurs mais 25%. À la fin 2012, le PIB aura chuté de plus de 20%. C’est pire que la faillite de l’Argentine en 2001 et à peu près l’équivalent de la dépression économique aux Etats Unis et en Allemagne dans les années 30.

Le racisme et la violence ont connu une explosion sans précédent. Les agressions xénophobes se multiplient alors que le gouvernement en place lance des campagnes de « nettoyage » du centre ville d’Athènes, où il est question de rafles en masse d’immigrants légaux et illégaux, pour faire le tri (6000 détenus en un week-end, le 6 Août 2012, dont 1400 ont été « triés » comme « illégaux »). Les suicides « économiques » ou « politiques » se suivent et ne font plus la une des journaux, la misère gagne rapidement du terrain et l’on se prépare à l’hiver en accumulant du bois de chauffage avant que son prix d’achat ne rejoigne par manque de stocks celui du fuel. Sur la durée, peut être finit-on par s’habituer à tout.

Pourtant il s’est passé beaucoup de choses en un an. Le premier grand événement fut la fameuse « réduction de dette » accordée à la Grèce par les banques en Février 2012. Ce grand coup médiatique dont le feuilleton a duré des semaines mettait l’accent sur la bonté des créditeurs privés de la Grèce qui ont au final concédé à annuler 70% des crédits accordés à la Grèce. Et comme l’on s’est réjoui d’une telle générosité!

Juste avant ce plan, en Décembre 2011, la dette de la Grèce équivalait à 170% de son produit intérieur brut (PIB). Comment expliquer qu’après cet élan de bonté célébré par les media, le gouvernement grec annonce en Novembre 2012 que la dette grimpera à 189% du PIB en 2013? C’est à n’y plus rien comprendre… Cette annonce médiatique aurait-elle caché une réalité plus nuancée? On trouvera quelques précisions à cette adresse : http://www.les-crises.fr/retour-sur-le-plan-grec/

Puis arriva le grand événement de l’année : les élections législatives ayant pour but de remplacer le gouvernement de transition non élu de Lucas Papademos. Initialement prévues pour février 2012, elles avaient été repoussées à une date indéterminée. Elles furent enfin annoncées pour le 6 Mai 2012. Le peuple grec qui se sentait dépossédé de son pouvoir démocratique lors de la période Papademos (Novembre 2011- Mai 2012) mit toute son énergie dans ces élections, première occasion d’expression démocratique nationale depuis le début de la crise.

Le feuilleton dura à nouveau deux mois, une deuxième élection ayant dû être organisée le 17 Juin, la première ayant abouti à une impasse où aucun des partis au parlement ne fut capable de créer une coalition pour gouverner. Le duel politique opposa alors le parti conservateur Neo Demokratia (ND) en faveur d’une poursuite des politiques d’austérité à l’union radicale de gauche SYRIZA, favorable a une renégociation totale des conditions de l’aide économique à la Grèce. La question économique était bien sûr centrale dans cette élection, mais on a vu l’irruption violente et malsaine de la question du traitement à réserver aux immigrants illégaux.

L’intention radicale qu’avait SYRIZA de renégocier tous les termes des mécanismes économiques européens en place symbolisait une tentative, réaliste ou non, de remettre en cause les politiques européennes actuelles et de relancer frontalement le débat sur l’austérité à l’échelle européenne. Le parti ND a quant à lui joué sur la peur et l’angoisse d’un cataclysme national si la Grèce osait tenir tête à ses créanciers. Après une campagne extrêmement serrée qui a vu SYRIZA arriver en tête dans la moitié des sondages, le parti ND a fini par l’emporter de peu (29,66% contre 26,89% pour SYRIZA).

Un fait marquant de la campagne fut l’intervention de François Hollande sur la première chaîne de télévision privée de Grèce, trois jours avant le scrutin décisif du 17 Juin. Dans cette interview diffusée en prime time et reprise par une grande partie de la presse, il a a appelé les grecs à voter de manière responsable pour un parti respectant les engagements de la Troïka. Il a donc implicitement appelé les grecs à voter pour le parti de droite conservatrice ND et contre le parti de gauche SYRIZA. En connaissant le respect qu’ont beaucoup de Grecs pour les hommes politiques français, on peut supposer que certains électeurs se sont laissés influencer par cette intervention. Cette ingérence politique est la première de ce type depuis la fin de la dictature en 1974.

Après la victoire du parti ND, l’été s’est passé dans une résignation silencieuse. Le nouveau gouvernement a pris ses marques en promettant au peuple de tenir tête autant que possible à la Troïka dans les nouvelles négociations budgétaires. Mais en pratique, en octobre 2012, la préparation du budget 2013 impose une nouvelle série de mesures d’austérité s’ajoutant à la liste sans fin déjà en place. Au cours des derniers mois, on a pourtant entendu un changement de ton dans les déclarations officielles des représentants de la Troïka : de la compassion, de la compréhension, et parfois même l’aveu d’avoir fait des erreurs. Mais en pratique, il ne semble y avoir absolument aucun changement dans la politique menée en Grèce et ailleurs en Europe.De nouvelles baisses des salaires, baisses des allocations, augmentation du temps de travail, augmentation de l’âge de départ à la retraite : l’acceptation de ce nouveau paquet d’austérité ne sera pas facile. La population est maintenant complètement à bout, autant psychologiquement que physiquement. Sans rapide prise de conscience européenne, le « cobaye » grec risque de très mal réagir.

Pour conclure, voici plus de précisions sur le rappel « historique » des objectifs de la Troïka* présenté en début d’article. Dans ce tableau, on peut comparer la réalité de l’évolution du chômage et de la croissance en Grèce avec les projections que faisait le FMI lors de son premier bilan d’activités en Grèce en septembre 2010. Ces projections de l’évolution de l’économie sont les bases du travail de la Troïka pour l’élaboration des programmes d’austérité. ll est remarquable qu’une marge d’erreur aussi monstrueuse après deux ans de programmes ne remette pas en cause la validité des théories soutenues. Malgré ces résultats expérimentaux catastrophiques, les programmes d’austérité ont gagné lors de cette période le statut de remède indispensable pour la majorité des pays européens : Portugal, Irlande, Espagne, Italie, France…

*(Fonds Monétaire International, Banque Centrale Européenne et Commission Européenne)

Chômage :

Année Prévisions de la Troïka en Septembre 2010 : Réalité :
2010 11,80% 14,40%
2011 14,60% 21,20%
2012 14,80% 25,4%*

Croissance économique (PIB) :

Année Prévisions de la Troïka en Septembre 2010 : Réalité :
2010 -4,00% -4,90%
2011 -2,60% -7,10%
2012 +1,10% -7,00%**

* chiffre à la fin Août 2012
**prévision début novembre 2012
Données : IMF Country Report No. 10/286 , Septembre 2010 « Greece: First Review Under the Stand-By Arrangement » ; Eurostat.

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