Arrestation du journaliste Vaxevanis : Quand l’évasion fiscale s’attaque à la liberté de la presse, par Yiannis Almpanis

le journaliste Kostas Vaxevanis

L’arrestation de l’éditeur et rédacteur en chef du magazine « Hot Doc », Kostas Vaxevanis, est le quatrième cas de restriction à la liberté d’expression survenu les derniers jours. Les trois cas similaires ont été l’arrestation du blogueur satirique « Pastitsios », effectuée sur commande de l’Aube Dorée, les agressions au théâtre Chytirio, menées par la même bande néonazie (1), et la censure d’un baiser homosexuel de la série télévisée britannique « Downton Abbey », exercée par une chaine de télévision publique (2). Cependant, le dernier incident est d’une différence significative : cette tentative de musellement ne relève pas d’un quelconque « outrage public aux bonnes mœurs », mais d’une révélation journalistique importante concernant la vie politique du pays. Vaxevanis a été arrêté parce qu’il a fait ce que tout journaliste aurait dû faire dans n’importe quel pays du monde où la liberté de la presse est respectée : il a révélé une information d’une importance politique majeure. 

L’importance de la publication

L’importance politique de la publication de la « liste Lagarde », ainsi que son corollaire, c’est-à-dire l’arrestation du journaliste, s’explique par trois raisons principales :

1. La publication de la liste met irrémédiablement à nu tous les ministres et les dirigeants de la SDOE (Unité contre les crimes financiers et économiques) qui la cherchaient pendant longtemps sans pouvoir la trouver… La liste s’est enfouie quelque part, en l’occurrence dans les archives de Venizelos, où les autorités compétentes n’ont pas eu accès (3). Le fait qu’elle est arrivée jusqu’à Vaxevanis prouve que cette liste a largement circulé. Par conséquent, le passage sous silence de son existence n’est pas dû à l’ineptie de l’administration publique, mais a un acte de dissimulation délibéré de la part de la direction politique du ministère des Finances.

2. La publication de la liste ridiculise tous les mécanismes de contrôle contre la fraude fiscale. Un coup d’œil sur les noms suffit pour confirmer que la SDOE n’a aucune envie de combattre l’évasion fiscale des personnes les plus fortunées. Soit qu’il se fasse à la suite à un mandat ministériel ou pas, le devoir évident de toute autorité compétente devrait être de croiser les données concernant les dépôts et placements bancaires et les revenus déclarés. Pourtant, la liste ne comprend pas des personnes de milieux mafieux, mais des personnes éminentes de la société grecque, dont l’activité économique est généralement bien connue et susceptible d’être contrôlée. Le fait que l’utilisation de la liste ne serait pas recevable comme preuve devant la justice ne veut pas dire qu’elle ne pourrait pas être utile comme fil conducteur d’une éventuelle enquête de la SDOE concernant la fraude fiscale. D’autant plus que dans le passé, les hauts responsables de la SDOE n’ont pas hésité de procéder de la même manière, tout en mettant l’efficacité de leurs méthodes d’enquête devant la légalité des procédures suivies.

3. La publication de la « liste Lagarde » dévoile l’hypocrisie de l’élite du pays. Les mêmes personnes qui en appellent au patriotisme du peuple grec afin de faire passer les mesures austéritaires, qui affirment que seule l’application des Mémorenda puisse garantir le maintien du pays dans la zone euro, qui parlent de modernisation du système fiscal et de lutte contre le corporatisme, ce sont les personnes qui placent leur argent dans des comptes en Suisse. Qu’ils pratiquent ou pas l’évasion fiscale, ceux qui font sortir leur argent à l’étranger ne sont autorisés à parler ni d’intérêt public, ni de sacrifices nécessaires pour le « bien de la patrie ». Pour une fois de plus, nous avons ici la preuve que derrière le commerce prospère de patriotisme grec se cachent les intérêts personnels.

Deux poids deux mesures

En d’autres termes, l’acte supposé « illégal » de Vaxevanis s’avère absolument nécessaire afin de révéler que l’État lui-même fonctionne en pleine violation de la loi. On ne peut pas convoquer un journaliste pour violation de données à caractère personnel, quand on est témoin de nombreux actes et omissions de la part des agents d’autorité publique qui enfreignent autant la lettre que l’esprit de la loi pour protéger aussi bien les plus fortunés que ceux qui ont à leur possession la fameuse liste. Ceux qui attaquent Vaxevanis pour violation de la vie privée, ne font que couler le moucheron et avaler le chameau.

Peut-être, serait-il inutile de souligner l’hypocrisie du pouvoir judiciaire : les mêmes juges qui jugent tout à fait légitime la mise au pilori des femmes séropositives (4) et des manifestants arrêtés, se montrent maintenant particulièrement soucieux des données à caractère personnel des personnes aisées ayant des comptes bancaires en Suisse. Ce qu’il faut souligner quand même est que lorsque la Justice pratique deux poids et deux mesures, lorsque la légalité s’applique à la carte, c’est le principe fondateur d’un État de droit qui s’abolit : l’égalité devant la loi. Cette abolition, combinée avec la violation flagrante de la liberté d’expression, confirme de nouveau l’entrée accélérée dans un état d’exception, à un régime où les libertés fondamentales sont de facto suspendues.

Soutenir et être solidaire avec Vaxevanis constituent des actes de défense des libertés fondamentales, actes de résistance à l’autoritarisme d’État, dernier point d’appui d’un régime largement délégitimé.

source: http://yalmpanis.wordpress.com/2012/10/28/σύλληψη-βαξεβάνη-η-φοροδιαφυγή-χτυπά/  traduction, Panos Angelopoulos

(1) voir aussi, https://initiativegrecqueaparis.wordpress.com/2012/10/12/lattaque-des-neo-nazis-et-des-integristes-chretiens-au-theatre-chytirio/

(2) voir aussi, https://initiativegrecqueaparis.wordpress.com/2012/10/18/une-chaine-de-la-television-publique-grecque-censure-les-baisers-de-la-serie-downton-abbey/

(3) voir aussi, https://initiativegrecqueaparis.wordpress.com/2012/10/05/une-cle-usb-nommee-lagarde-par-panagiotis-grigoriou-historien-et-ethnologue/

(4) voir aussi, https://initiativegrecqueaparis.wordpress.com/2012/06/08/stop-a-la-mise-au-pilori-de-femmes-seropositives-en-grece/

Une réflexion au sujet de « Arrestation du journaliste Vaxevanis : Quand l’évasion fiscale s’attaque à la liberté de la presse, par Yiannis Almpanis »

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