Agences de Notation : 150 ans de surveillance financière, par Athanasia Bara

http://blogs.mediapart.fr/blog/athanasia-bara/261012/agences-de-notation-150-ans-de-surveillance-financiere

 Par Athanasia Bara 
Les agences de notation font leur apparition aux Etats Unis au milieu du 19ème siècle. Selon la littérature disponible, leur formation semble répondre au besoin d’évaluer la solvabilité de très nombreuses compagnies de chemin de fer qui  faisaient alors appel aux capitaux de la Bourse. C’était  une tentative de rationaliser un peu les décisions des investisseurs privés, de les aider à faire le tri parmi la grande masse des entreprises promettant de  moderniser le continent américain et d’unifier son territoire. De les aider à prêter de l’argent dans un contexte qui porte moins de risques. La première société à se mettre dans ce type de travail a été Henry Varnum Poor, lorsqu’en 1860 a publié le premier guide des sociétés de chemin de fer basé sur des études de leur situation budgétaire. Quelques années après en 1906 vient s’ajouter encore une autre la société Standart statistic bureau qui après avoir collecté les données économiques des compagnies américaines présente dix ans plus tard en 1916  ses résultats. C’est justement la fusion de ces deux sociétés en 1941 qui nous donnera la Standart and poor’s que l’on connait aujourd’hui. Avant de terminer ce petit historique des agences de notation on ne saurait  mentionner John Moody à qui l’on doit l’idée du système d’évaluation  actuellement conçu et adopté c’est-à-dire la mention de 3A comme la meilleure note. Né en 1868 et travers son entreprise Moody’ investor service c’est le premier qui commencé à noter systématiquement les émissions d’obligations de plus de 200 compagnies de chemin de fer dans le but d’évaluer la capacité du débiteur de rembourser ses dettes et respecter le paiement de taux d’intérêt dans les délais prévus par le contrat.

Au fil du temps les agences de notation ont joué un rôle de plus  en plus important dans la décision des acteurs économiques. Actuellement  toute forme de titres de dette fait partie de leur champ d’activité. Ainsi à part la dette des Etats les agences de notation s’occupent aussi des dettes de municipalités et d’autres organismes publiques.

Dans le contexte actuel leur influence sur les marchés de capitaux semble incontestée.  Acteurs de premier ordre leur Note fait trembler les gouverneurs de banque centrales et de premiers ministres du monde entier. D’où vient –il alors le clès de leur réussite ? Et quel est leur rôle exact dans l’économie mondiale ? Serait-il la précision  dans leurs prévisions qui aurait pu expliquer leur puissance sur le marché ?

Afin d’aborder ces questions on devrait remonter un peu dans le temps et se rappeler ce qui s’est passé en 2008.   La chronologie des événements est bien connue et la conclusion incontestable : les agences de notation ont échoué sur leur mission de prévoir des crises de solvabiliité du système bancaire. Cependant le coup qu’elles ont reçu en même temps que l’économie mondiale ne semble pas avoir fragilisé leur place et position dans les marchés. Et cela en dépit dés  critiques à leur égard. La phrase prononcé par Paul Krougman, l’économiste américain, prix Nobel 2008, reste encore mémorial. Lors d’une interview sur le sujet Paul Krougman les a appelé les « clowns du marché » ! De l’autre côté la dévaluation récente et unique dans l’histoire, de l’Economie américaine et de sa capacité d’honorer ses engagements à l’Etranger,  a déclenché de nouvelles critiques portées, entre autres, sur les méthodes employés par les Agences de Notation, qui pourraient falsifier les réalités économiques et aboutir à des résultats erronés.

Mais comment pourrait-on expliquer des erreurs aussi importants commis par des sociétés dotées d’une expérience aussi longue et aussi riche  dans le domaine d’analyse du risque et d’incertitude  disposant d’un personnel aussi compétent et expérimenté? Les témoignages des anciens employés dans les trois plus grandes Agences de Notation, publiés dans le monde pourraient éventuellement nous donner une idée sur cette question et nous aider à pousser la réflexion un peu plus loins sur les différentes interprétations habituellement présentés. Selon ces informations il paraît  qu’au cours de ces dernières années les Agences de Notation ne pouvaient pas faire face aux engagements pris à l’égard de leurs clients : En vue de minimiser le coût de production et de vente de leurs analyses ont adopté des programmes d’austérité permettant de réduire les dépenses et surtout le coût du travail. En ce qui concerne le marché des dettes souveraines on assiste sur la réduction constante du financement des missions à l’Etranger. Notamment, un ancien employé de Moody’s rapporte que « le temps disponible d’un économiste pour les missions dans un pays étranger a été porté de six jours, qui était il y a quelques années au paravent,  à une ou deux jours, pendant lesquels ils ne pouvaient rencontrer que le strict minimum des acteurs économiques du pays. C’est-à-dire le président la Banque Centrale ou du ministère des finances. On est donc loin d’une étude complète et approfondie de la situation économique du pays. La façon dont les Agences de Notation ont su géré leur propre crise de crédibilité en 2008 nous donne aussi certains éléments sur la question  : selon tous les témoignages la période qui a suivi la crise des sub-primes, les conditions du travail du personnel a été dégradé. Tout semble à croire que l’échec dans les prévisions sur la crise aux Etats Unis n’a pas encouragé les Agences de Notation à améliorer leurs méthodes de travail, à  mieux exploiter les données et l’information sur les débiteurs. Mais au contraire il les a conduit à rendre plus dur les conditions du travail du personnel des économistes afin de partager avec eux la responsabilité de cet échec.

Le fonctionnement des AN selon les lois du marché et surtout la quête du profit semble constituer un facteur parmi d’autres qui détermine la formation de leurs évaluations. Leur rôle et surtout leur rapport avec les acteurs économiques pose la question de savoir : dans quelle mesure elles ont réellement la capacité d’équilibrer  le marché, rôle conçu et défendu  par les économistes d’institution ? Autrement dit dans quelle mesure les AN peuvent intervenir dans les rapports économiques, assainir les portefeuilles des investisseurs, la situation budgétaire des Etats et des  entreprises et comment pourraient-elles contribuer à guérir les problèmes et les dysfonctionnements liés au problème de l’asymétrie de l’information ?

La question est d’autant plus importante car la notation, l’idée même de la notation, porte en elle-même la semence des stratégies aussi bien de la part des individus que des collectivités. Quand on parle des Agences de Notation, il ne devrait jamais nous échapper à l’esprit que l’acte de noter une entreprise, un Etat ou un organisme quelconque, est un acte de précipitation qui ne fait en réalité que  provoquer ce qu’ elle prévoit : L’effondrement ou le sauvetage de son objet d’évaluation.

Pour écrire cette article j’ai utilisé les témoignages des économistes employé dans les différentes agences de notations publiés dans le monde du 19 aout 2011 http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/08/19/agences-de-notation-des-anciens-temoignent_1561503_3234.html

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