Banques allemandes: un bilan peu optimiste, par Athanasia Bara

La lecture attentive de la presse économique allemande, plus ou moins objective selon nos propres représentations voire intérêts, scientifiques, politiques ou autres, présente l’avantage particulier: permet d’avoir une idée in-post à la fois  du discours et des enjeux économiques et politiques de ce grand pays, le plus grand de notre « petite » Union Européenne. Poser le problème dans ces termes semble de plus en plus pertinent  compte tenu de l’hypothèse suivante : Les décisions politiques des grands pays, des pays dirigeants de l’Europe, en l’occurrence de l’Allemagne ont des conséquences directes et même irréversibles sur le sort  des salarié-e-s, des retraité-e-s, et des citoyen-n-es partout en Europe. Cette hypothèse semble particulièrement confirmée en Grèce et dans les autres pays endettés de la zone euro.

L’un de thèmes qui forment le débat de ces derniers jours au niveau européen c’est la surveillance des systèmes bancaires nationaux par la BCE. On voit le gouvernement de Merkel insister particulièrement sur cette question alors que ses alliés politiques en Europe ne semblent pas partager à l’unanimité son point de vue, surtout dans les pays touchés par la crise comme c’est le cas d’Italie ou d’Espagne. En ce qui concerne les socialistes en France, d’accord sur le principe, ils se contentent à négocier plutôt que à nier les termes de ce projet. A première vue, cette mesure de surveillance pourrait privilégier les acteurs du jeu le plus forts, à savoir les banques allemandes, parfaitement représentées par les dirigeants politiques du pays. Mais en réalité qu’est-ce que l’on sait des banques allemandes privées et de leur solidité ? Quel est le rapport entre la puissance politique de l’Allemagne et  sa puissance économique et financière dans le contexte de l’euro-crise et de la mondialisation actuelle ?

En ce qui concerne sa puissance financière les résultats de dernières études aussi bien des différentes agences de notations comme Moody’s[1], que des instituts des conjonctures économiques allemands, semblent confirmer la thèse que dans un temps pas si lointain la première puissance européenne finira par importer, soit par la voie commerciale soit par la voie bancaire, la crise de pays endettés qu’elle a plongés dans la dépression économique la plus profonde que l’on a connu depuis la fin de la 2ème guerre mondiale, en collaboration avec leurs élites locales.

Dans la presse économique allemande il y a quelque temps on voit des articles qui s’interrogent sur la « santé » financière et la solvabilité du système bancaire allemand. Je cite notamment la dernière publication dans le spiegel du rapport des experts de Moody’s sur cette question.. Selon cette étude l’avenir des banques allemandes demeure sombre: Les très faibles taux d’intérêt  qu’elles proposent sont susceptibles de diminuer sérieusement les profits des banques et de les réduire encore plus bas dans un futur proche. Les perspectives alors pour l’ensemble du système bancaire allemand, sont négatives. La tendance à la baisse des taux d’intérêts des banques est en partie due à la grande concentration de leurs opérations dans l’espace-temps national et trouve son explication dans les décisions des grandes banques allemandes de réadapter leur stratégie de marché après la crise de 2008.

Notamment, la mauvaise expérience des institutions financières allemandes dans les affaires internationales qui a précédé la crise financière de sub-primes de 2008, les a incité à modifier leur stratégie. Ainsi, pour mieux gérer  leurs risques, les banques allemandes ont concentré en peu de temps leurs opérations de crédit sur le marché local et le financement des entreprises nationales. Cette modification spatiale faite en peu de temps, diminue d’un côté le risque de défaut de paiement de la part de leurs clients, mais elle exerce de l’autre une pression forte sur leurs bénéfices: D’abord car la  « nouvelle » stratégie n’a  déclenché qu’une faible expansion du crédit dans l’ensemble de l’économie allemande et ensuite car elle entraîne pour les banques de frais d’opérations de crédit supplémentaires.

En plus il y a deux autres facteurs qui rendent les perspectives économiques des banques allemandes peu optimistes : La première c’est la crise actuelle de la zone euro et la deuxième c’est  la forte dépendance du pays de ses exportations.  « Malgré les indicateurs économiques jusqu’ici solides pour l’Allemagne, le contexte économique et les conditions opératoires des banques allemandes s’avéreront difficiles au cours de 12 à 18 mois prochains », écrivent les experts de Moody’s.

Ainsi, même si les prévisions pour la croissance en Allemagne sont plutôt satisfaisantes avec un taux record de croissance estimé de 1 à 2%, elles ne pourraient pas mettre le pays à l’abri d’une nouvelle crise nationale : L’économie allemande est  très dépendante actuellement de ses exportations vers les autres Etats de l’UE. La crise de ces pays ne saurait alors qu’aggraver la situation des banques allemandes déjà vulnérables. Puis il reste toujours présent le risque qu’un des pays actuellement endetté et soumis à de plans d’austérité insupportables au point de vue social, n’arrive plus à tenir ses engagements à l’Etranger.   Le risque systémique n’est pas alors écarté, et c’est pour cela en partie, que  les principaux instituts des conjonctures économiques allemands dans leur dernier rapport semestriel sur l’économie allemande encouragent vivement  les investisseurs intéressés aux affaires grecques  d’accepter une nouvelle décote sur la dette souveraine de ce pays. Cette décision déprécierait évidemment leurs actifs, mais selon le directeur des prévisions de l’institut IfW Joachim Scheide  « nous ne pensons pas que la Grèce puisse être sauvée » en l’état[2]. »

Dans le contexte actuel beaucoup d’établissements de crédit allemands très exposés d’ailleurs dans les fonds publics européens surtout espagnoles, auront des difficultés à faire face à des pertes imprévues. Déjà en juillet, l’agence de notation américaine avait abaissé sa Note pour 17 instituts financiers allemands et elle l’a fixé de perspectives stables en perspectives  négatives. Les institutions financières concernées par cette note étaient ceux dont  les obligations sont garanties par les fonds publics allemands.

Pour conclure, les études récentes qui portent sur  les perspectives économiques de l’Allemagne nous invitent plutôt à relativiser la résistance du système bancaire allemand qui est loin d’être parfait . En effet,  quand on s’interroge sur les origines du « triomphe » économique de l’Allemagne, il vaudrait peut être mieux chercher du côté de ses décisions politiques prises au niveau national et européen, que de l’efficacité économique et financière de son  modèle.

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