Grève générale contre l’austérité en Grèce, pendant le sommet européen

http://abonnes.lemonde.fr/europe/article/2012/10/18/greve-generale-en-grece_1777089_3214.html

Des milliers de gens sont descendus dans la rue, jeudi 18 octobre en Grèce, pour protester contre l’austérité et tenter de convaincre les dirigeants européens réunis à Bruxelles qu’un nouveau budget d’austérité n’est pas tenable dans un pays en grave récession – le jour où se réunissent à Bruxelles les dirigeants européens, membres de la troïka des bailleurs de fonds de la Grèce. Sous la bannière « FMI-UE dehors, effacement de la dette », des manifestants ont commencé à défiler dans le centre d’Athènes, alors que les services publics et les transports étaient fortement perturbés par le quatrième appel à la grève générale lancé par les syndicats depuis le début de l’année.

Aucun train ne roulait, aucun ferry ne partait vers les nombreuses îles du pays, aucun taxi ne circulait, la liaison ferroviaire entre Athènes et l’aéroport était suspendue, seuls le métro et certaines lignes de bus fonctionnaient à Athènes, et deux stations du centre étaient fermées sur ordre de la police. Dans les rues, la police recensait 25 000 manifestants dans différents cortèges en milieu de journée.

« La pauvreté s’étend, les emplois disparaissent et la Grèce coule. La Grèce va mourir si les mesures d’austérité tirées du mémorandum ne s’arrêtent pas », dit Dimitris Sandis, employé d’une société pharmaceutique dans un des cortèges. Plus loin Aliki Vassiloudi, 40 ans, journaliste au chômage, estime que les manifestants veulent avoir « des emplois, une dignité et par dessus tout vivre comme des Grecs et non comme des inférieurs serviles ».

DERNIERS DÉTAILS AVEC LA TROÏKA

De son côté, le gouvernement de coalition dirigé par le premier ministre conservateur, Antonis Samaras, continue de discuter avec la « troïka » (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) sur les derniers détails du programme d’ajustement économique, passant par de nouvelles coupes budgétaires, à mettre en place en échange d’un prêt de 31,5 milliards d’euros.

Mercredi, les trois bailleurs de fonds et le gouvernement se sont séparés sans accord total sur le programme d’ajustement économique du pays prévoyant de nouvelles coupes budgétaires d’au moins 11,5 milliards d’euros, à mettre en place en échange d’un prêt de 31,5 milliards d’euros. La Commission européenne a publié un communiqué optimiste, soulignant que les autorités grecques et la troïka« se sont mises d’accord sur les principales mesures nécessaires pour […] ouvrir la voie à une finalisation de l’examen ».

Lire : Dette grecque : la troïka espère un accord prochain avec Athènes

SOMMET EUROPÉEN

Lors du sommet européen jeudi et vendredi, la Grèce ne devait toutefois pas être évoquée, le rapport de la troïka préalable au déblocage des 31,5 milliards d’euros n’étant pas prêt. Antonis Samaras espère néanmoins recevoir du sommet un signal de soutien européen pour faire accepter à son opinion le nouveau train de rigueur, dont le vote au Parlement risque de porter à son comble la tension sociale.

M. Samaras a estimé que, dans la société grecque, où le taux de chômage atteint désormais 25 %, « les gens ne sont pas des pièces détachées »« Nous devons maintenir la cohésion » a-t-il dit, en promettant que son pays irait de l’avant avec les réformes requises par les partenaires européens et les bailleurs de fonds afin de ne plus être « le maillon le plus faible de l’Union européenne »« D’une tragédie contemporaine, la Grèce deviendra une histoire de succès. Du symbole d’un système qui a échoué, elle deviendra l’exemple d’un retour spectaculaire », a déclaré M. Samaras.

La Grèce, qui traverse sa cinquième année de récession consécutive, a demandé deux ans supplémentaires à ses partenaires pour mener à bien les réformes et rédurie ses déficits, tandis qu’un débat idéologique pro ou anti-austérité fait rage entre les économistes du monde entier sur la nature des remèdes à apporter à la Grèce et à la zone euro. « L’Espagne et la Grèce sont en dépression, pas en récession. Et cela est dû à l’austérité » a affirmé mercredi à New Delhi, Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, ancien conseiller du président américain Bill Clinton, et professeur à Columbia University à New York.

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