Une clé USB nommée « Lagarde », par Panagiotis Grigoriou

http://greekcrisisnow.blogspot.fr/2012/10/une-cle-usb-nommee-lagarde.html

Dans ce flot de petits et grands drames quotidiens représentés au théâtre médiatique l’insignifiant se mêle au significatif, et de ce fait, à notre usure quotidienne. Pour ce qui est déjà du significatif, les ouvriers du chantier naval d’Eleusis qui n’ont pas reçu de salaire depuis plus de six mois, ont poussé les barrières du Pentagone grec pour ainsi pénétrer dans les lieux. Ils travaillaient encore récemment pour un certain nombre de commandes de la marine nationale, sauf que la faillite intérieure, autrement-dit le défaut (de paiement) de l’État grec vis à vis du marché interne en a décidé différemment. La manifestation a été violemment réprimée par les MAT (CRS), le responsable de la police du secteur a été suspendu de ses fonctions « pour insuffisance » d’après le communiqué du ministre Dendias, et plus de cent manifestants ont été arrêtés et transférés aux locaux de la Direction centrale de la police, avenue Alexandras (voir http://www.youtube.com/watchfeature=player_embedded&v=642E7KhUbmA)

C’est devant ce bâtiment, que j’ai rencontré certains d’entre eux dans l’après-midi, venus nombreux, pour soutenir leurs camarades, et surtout, pour exiger leur libération. « On nous achève, travailler six mois sans salaire, puis… plus de travail du tout, nous voulons du travail et du pain ». Effectivement. On entendait scander à répétition: «  Du pain, de l’éducation et de la liberté », un slogan déjà célèbre à l’époque des colonels. Puis, il y avait les badauds, plutôt bienveillants mais muets avant les lacrymogènes et avant une première dispersion des manifestants, lesquels se sont vite regroupés un peu plus loin. Et pour le reste la vie… normale. Nos chiens, place de la Constitution, beaucoup de monde, les vendeurs et vendeuses de billets de loterie, les mendiants jeunes ou âgés, plus un récent bouquet de fleurs déposé sur l’arbre de Dimitri. J’ai aussi remarqué la fermeture d’une boutique encore ouverte la dernière fois. C’est notre « dernière fois » à nous tous qui se répète inlassablement depuis deux ans. C’est aussi cette fin interminable qui nous mine le moral plus qu’autre chose. Ne plus pouvoir faire son deuil après le choc, puis passer à autre chose, recomposer, résister et enfin rêver.

Mais voilà deux jours que notre système politique entre aussi dans un mauvais rêve. Son personnel est en ébullition soudaine, et avec lui, tout ce que le pays compte en faune nécrophage, à cause d’une petite clé USB. Une clé USB d’ailleurs nommée « clé Lagarde » et pour cause : Elle contient un fichier sous forme de liste, dévoilant les noms des « concitoyens économiquement migrateurs » vers le paradis des banques suisses, fichier confié en automne 2010 (selon la presse grecque) par Christine Lagarde au ministre Papakonstantinou, alors éphémère liquidateur au ministère de l’Économie. C’était bien entendu, sous la gouvernance du conférencier Papandréou, cet homme politique qui à l’échèle de l’Europe, fut le premier à inaugurer officiellement la privatisation de son gouvernement, livrant le pays clés en main aux escrocs.

Durant deux ans, cette clef USB dont la « procédure d’acquisition » serait plutôt officieuse qu’officielle, n’a été exploitée que partiellement par les politiciens Pasokiens, suivant leur humeurs du moment et avant tout, en harmonie avec leur jeu politicien, et ces gens excellent indiscutablement dans ce sport, on le sait aussi. Ce n’est qu’en début de semaine, que Venizélos, le chef Pasokien, s’est décidé à transmettre sa clé USB à Samaras par courrier. Venizélos à retrouvé la clé… en faisant le ménage chez lui, après l’avoir emportée depuis son ex-ministère. En Grèce c’est aussi cela la continuité de l’État. Le scandale est grand, sauf qu’il n’impressionne plus grand monde.

Certains Pasokiens et anciens ministres et amis de Papandréou, viennent de quitter le PASOK, comme Yannis Ragousis, retourné sur son île, Paros. C’est alors dans l’urgence que les parlementaires Pasokiens se réunissent ce soir, car « cette dernière crise, serait alors très grave, pour le parti déjà, mais aussi, pour le gouvernement tripartite, c’est même un séisme », estiment nos journalistes plus préoccupés que jamais du sort de notre système politique. On aurait pu penser que nous sommes toujours dans l’insignifiant, pas si sûr. Ce soir (04/10) nous venons d’apprendre que Leonidas Tzanis, ancien ministre au cabinet Simitis (ex-député PASOK également), s’est pendu dans l’après-midi au garage de son domicile à Volos (en Thessalie). Son nom figurerait sur la « liste Lagarde » selon le reportage du moment (Real.gr).

À ma connaissance, il s’agit du premier suicide d’un homme politique, c’est toujours douloureux, néanmoins tout laisse à penser que nous ne sommes plus si loin d’un tournant. Finalement, la mort de notre économie, c’est à dire du travail, des biens nationaux, de la propriété privée, et de toute forme de souveraineté, entraîne inexorablement avec elle, la mort du système politique, au sens propre et figuré ce soir.
Tout laisse croire également, que la mise à mort du système politique serait aussi une nécessité structurelle du système bancocrate, d’ailleurs, à faire valoir immédiatement si possible. Néanmoins, certains « résidus » dans nos réflexes citoyens, en empêcheraient pour l’instant la mise en œuvre. Jusqu’où ? Les Troïkans sont à Athènes, et ce soir, ils ont sans doute signifié leur dernier ultimatum relatif aux nouvelles mesures d’austérité au ministre de l’Économie, Stournaras. Samaras craint désormais un hiver social… rechaussé, tandis que cet ancien du FMI, Panagiotis Roumeliotis (qui fut le représentant de la Grèce auprès du FMI), vient de publier un livre-document sur… l’arrivée du FMI en Grèce : « c’est par mon ami Dominique Strauss-Kahn que j’étais au courant des pièges contenus dans le futur mémorandum (à l’époque). Je l’avais dit à Papandréou, en précisant même que Dominique Strauss-Kahn était favorable à la restructuration de la dette grecque, condition déjà indispensable pour la réussite du programme, memorandum ou pas. Mais les représentants de certains pays européens ont refusé catégoriquement cette proposition, car ils souhaitaient d’abord protéger leurs banques, et ensuite infliger, comme ils prétendaient eux-mêmes, une punition exemplaire à la Grèce ». On estime par ailleurs que les banques allemandes par exemple, auraient gagné plus de 60 milliard d’euros, rien que par leur « gestion » de la dette grecque, ceci expliquerait aussi cela.
Ces derniers jours également… on dirait par coïncidence (!), le Premier ministre de l’euro, Costas Simitis, depuis l’Allemagne (un pays avec lequel il… est visiblement très lié), a estimé de son côté que « le Mémorandum I, a été une erreur fatale », étrange et soudain « réveil »… Ce soir encore, Antonis Samaras, a déclaré que « les hommes ne sont pas des pièces détachées ou de chiffres nus. À la limite, les politiciens sont des consommables. La démocratie par contre ne l’est pas ». Simple rhétorique d’un seul jour, ou alors, « confidences » significatives ? Elle sont d’autant plus « étranges » ces confidences, car faites, au moment, où les États-Unis et l’Allemagne, seraient en désaccord (au moins) sur le dossier grec. Nous comprenons (aussi parce que certains journalistes font encore leur travail), que depuis un moment, le gouvernement espagnol exerce une répression sans précédent sur les manifestants et que le cabinet Coelho au Portugal a du mal à faire passer l’austérité. Et pourtant, le « Traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance » (TSCG) et son « Mécanisme européen de stabilité » (MES), institution anti-démocratique par excellence est sur le point d’être ratifié par les pays concernés…
Mais à part la « clé USB Lagarde », nos vieux chroniqueurs radio, ont aussi remarqué jeudi matin, le reportage sur la dévaluation de la devise iranienne face aux monnaies étrangères, l’interprétant comme étant un signe de déstabilisation à l’échelle de la région.
Puis et enfin, le numéro du mois d’octobre de la revue (de gauche) UNFOLLOW est déjà en kiosque, sur sa couverture un avertissement : « Voilà qui te sauvera, si tu ne fais rien [contre] ». Je l’ai achetée, mais c’est pour la lire finalement un autre jour… usure quotidienne.
« Voilà qui te sauvera, si tu ne fais rien [contre] »

3 réflexions au sujet de « Une clé USB nommée « Lagarde », par Panagiotis Grigoriou »

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