L’aide à la Grèce ne coûte rien à l’Allemagne, par Isabelle Couet

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0202129878038-l-aide-a-la-grece-ne-coute-rien-a-l-allemagne-336368.php

La baisse des coûts de financement de l’Allemagne depuis 2009 compense le coût des sauvetages grecs. La France a amorti son soutien à la Grèce à 80%.

 

 

L’attention se cristallise toujours sur la facture allemande. Celle que Berlin doit acquitter pour les deux plans de sauvetage de la Grèce depuis mai 2010. L’Allemagne est de fait le plus gros contributeur de la zone euro, avec une participation de 29% aux programmes d’aide à Athènes. Jusqu’à aujourd’hui, elle a déboursé 46 milliards d’euros environ et doit encore signer un chèque, qui fera monter la facture à 67 milliards d’euros.

Mais c’est oublier que la crise grecque, à l’origine d’une défiance générale envers la zone euro, a provoqué un mouvement de «fuite vers la qualité», qui s’est traduite par une ruée sur la dette allemande. Pour preuve, Berlin se finance sur certains titres à un taux de 0%. Plus remarquable encore, le coût d’emprunt à deux ans sur le marché secondaire a été négatif au début du mois de juin. Ce qui signifie que les investisseurs étaient prêts à perdre de l’argent pour préserver leur capital, un peu comme s’ils louaient un coffre-fort à la banque.

63 milliards d’économies

Un calcul approximatif* montre que les économies générées grâce à la baisse des coûts de financement depuis trois ans s’élèvent à 63 milliards d’euros. Les taux à 6 ans -ceux qui correspondent à la maturité moyenne de la dette allemande -sont en effet passés de 2,6% en 2009 à 0,95% en 2012. Le pays est donc assuré d’avoir récupéré sa mise sur la Grèce : la baisse de ses coûts d’emprunt compense quasiment les prêts octroyés à Athènes.

Selon le même raisonnement, la France*, qui a vu son taux à 6 ans décliner de 2,91% en 2009 à 1,97% cette année, a amorti son aide à la Grèce à 80%. Les gains théoriques réalisés sur ses emprunts représentent 38 milliards d’euros, tandis que les prêts à Athènes s’élèvent à 48 milliards, dont 33 milliards ont déjà été versés.

Il n’en reste pas moins que la contribution de l’Allemagne et la France ne s’arrête pas à la Grèce. Les deux pays soutiennent aussi l’Irlande, le Portugal et bientôt les banques espagnoles, à travers le fonds de secours européen.

* Avec comme hypothèse, un stock de dette publique de 2200 milliards d’euros pour l’Allemagne et 2000 milliards pour la France, renouvelé tous les 6 ans. Les économies réalisées représentent les taux verrouillés en 2010, 2011, 2012 pour six ans comparé au taux de 2009.

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