Le phénomène Syriza : La «radiographie» de son vote et évolution de ses positions, par Fivos Marias

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en deux parties, ici attachées

Présentation: Le présent article, intitulé « Le phénomène SYRIZA », concentre son attention à SYRIZA, à son score électoral, ses positions principales ainsi qu’aux évolutions de celles-ci. Ce choix a été effectué parce que le public français et européen semble très intéressé par SYRIZA. Un article ultérieur analysera la totalité des résultats des élections en Grèce.

L’article est assez long mais il détaille les aspects qui nous semblent intéressants autour du « phénomène SYRIZA ». La première partie de l’article essaye de donner le cadre de l’article ainsi que d’expliquer brièvement les débats qui ont lieu en ce moment même en Grèce ou au niveau européen et mondial autour de la Grèce. La deuxième partie procède à une analyse du vote de SYRIZA. Pour cela des données issues des enquêtes d’opinion après le vote du 6 Mai ont été utilisées ainsi qu’une analyse des résultats de SYRIZA par région-villebureau de vote est effectuée. La troisième partie présente SYRIZA, ses positions, ses pratiques et les évolutions-droitisation de ses positions. Les trois parties peuvent aussi être lues indépendamment les unes par rapport aux autres.

Ce texte essaye d’expliquer avec calme, sincérité et la plus grande objectivité possible, ses évolutions au sein de la gauche de la gauche en Grèce et plus particulièrement au sein de SYRIZA. Loin des cris de catastrophisme de la part des médias européens et grecs [1], loin des cris de catastrophisme des partis politiques bourgeois grecs et européens face à la montée de SYRIZA, loin des cris de trahison contre SYRIZA lancés par un certain nombre des partis politiques grecs (notamment le KKE, PC grec) mais aussi loin des grandes cris de joie dithyrambiques en faveur de SYRIZA, cet article essaye de présenter la situation de SYRIZA ainsi que les évolutions de ses positions afin que le lecteur français puisse avoir une idée claire du « phénomène SYRIZA ». C’est-à-dire nous essayons d’effectuer « une analyse concrète d’une situation concrète » [2].

L’avantage de cet article est que l’auteur connaît la situation politique et les cultures politiques aussi bien en Grèce et en France. Des sources écrites et audiovisuelles en grec, en français et en anglais pour justifier nos propos sont systématiquement cités.

 1. Introduction et remarques préliminaires

Les deux remarques préliminaires suivantes nous permettront de cadrer un peu l’article ainsi que d’expliquer brièvement les débats qui ont lieu en ce moment même en Grèce ou au niveau européen et mondial autour de la Grèce.

1) Il est vrai que les résultats des élections du 6 mai dernier modifient dramatiquement le paysage politique en Grèce [3]. L’effondrement du bipartisme (PASOK-ND) et plus particulièrement celui du PASOK (PS grec) réjouit presque tout le monde au sein de la société grecque. En même temps la grande montée de la gauche (en Grèce depuis plusieurs années quand on parle de la gauche on n’inclut pas dedans le PASOK) exprimée prioritairement par SYRIZA réjouit les militants de la gauche. La somme des scores de SYRIZA, du KKE (PC grec) et d’ANTARSYA (coalition de l’extrême gauche) fait 26,4%. Le meilleur score électoral jamais enregistré par la gauche grecque était en 1958 25% par EDA (la gauche unie).

Si nous rajoutons au score de la gauche le score de Di.Mar (scission « droitière » de SYRIZA) et celui des verts cela fait un total de 30% ! A l’antipode la montée de l’Aube Dorée (A.D.) pose beaucoup de questionnements.

Ces changements ont provoqué des réactions très différentes. D’une part, les médias grecs, qui ont toujours entretenus des relations étroites avec le bipartisme, crient à la catastrophe. Ce phénomène provoque des réactions similaires chez leurs confrères européens.

D’autre part, les ND-PASOK et toutes les « élites traditionnelles institutionnelles » crient également à la catastrophe à cause de ce résultat électoral. Selon les accusations de SYRIZA même la banque privée Eurobank participe au « chantage électoral » en menaçant les employés de la banque de perdre leur emploi s’ils votent SYRIZA, tout en les invitant à informer les déposants que leur argent sera en danger en cas de constitution d’un gouvernement de gauche [4].

SYRIZA est aussi critiqué, parfois même sévèrement, par le reste de la gauche (surtout par le KKE [5]), sous un autre angle bien évidement. Le « cas de SYRIZA » provoque des discussions au sein de la gauche européenne et grecque. L’échange indirect entre Panos Garganas et Stathis Kouvelakis [6] est caractéristique.

Certes, SYRIZA subit des attaques terribles de la part d’une « alliance sacrée » constituée par les élites médiatiques, économiques et politiques grecques et européennes promémorandum. Mais ceci ne doit être utilisé comme une excuse afin d’empêcher d’effectuer une lecture critique, claire et calme du « phénomène SYRIZA » issu des urnes ainsi que des évolutions des positions de celui-ci.

Ceci est le but de cet article. Il essaye d’expliquer ce qui se passe éellement au sein de SYRIZA en se basant sur des sources écrites et audiovisuelles en grec, en français et en anglais. Notre analyse n’est pas de l’ordre du « ragot politique », nous tirons nos conclusions en se basant sur les positions exprimées par SYRIZA et ses cadres. Nous citons systématiquement nos sources pour justifier nos propos enfin que les lecteurs puissent vérifier par eux même l’exactitude de nos propos.

2) La situation au sein de la société grecque est vraiment critique. De ce point de vue la formulation, « de crise humanitaire », utilisée par Tsipras (leader de SYRIZA) à la lettre adressée aux instances européennes est pertinente [7].

Face à cette situation la société grecque mène un combat depuis plusieurs mois maintenant. Les détails de cette lutte sont plus ou moins bien connus des lecteurs français. Ces luttes font apparaître dans la scène politique et sociale deux sujets-questions-revendications majeurs :

a) il s’agit de la question de la dette. La population grecque crie haut et fort : « cette dette ne nous appartient pas, nous ne la rembourserons pas ». Ce qui pose directement la question de l’annulation de la dette ;

b) la question de l’U.E. et de la zone euro sont aussi sur la table. Cette question fait apparaître une grande contradiction sociale et politique au sein de la société grecque.

Au sein de la société grecque a toujours existé un courant d’euroscepticisme à gauche très important. Ceci est exprimé par le KKE et l’extrême gauche qui demande une sortie de la Grèce de l’U.E. et de la zone euro. Les arguments de cette position politique sont an partie analysés ici [8]. Ce courant eurosceptique a toujours dépassé les frontières de cette gauche mais il n’a jamais pu devenir majoritaire depuis le milieu des années 1990.

SYNASPISMOS la force principale de SYRIZA, comme aussi SYRIZA n’ont jamais caché qu’ils sont un courant philo-européen. Bien évidement en critiquant l’U.E. avec une critique de gauche mais ils restent un courant pro-européen. Les députes de SYNASPISMOS ont même voté au parlement grec pour la ratification du traité de Maastricht. Ceci peut paraître à certains comme un détail aujourd’hui, puisque la composition interne de
SYNASPISMOS s’est modifiée depuis les années 1990, mais nous pensons que cela a une importance pour la suite.

En même temps, aujourd’hui la société grecque est très critique vis-à-vis de l’U.E. vue sa participation très active à travers la Troika à la destruction de la société grecque. Néanmoins, en même temps les Grecs se disent favorables à rester dans la zone euro.

Nous pensons que ceci s’explique d’une part parce que les Grecs ont payé cher le coût de l’entrée à la zone euro. Depuis le milieu des années 1980 la population grecque n’entend pas d’autres choses que des discours pour effectuer des sacrifices et se serrer la ceinture pour obtenir le rêve de la convergence européenne. D’autre part, les traumatismes de la guerre civile (1944-1949), des conditions sociales désastreuses après la guerre civile (1949-1964), des grandes vagues d’émigration des années 1950-1960, de la dictature militaire (1964-1973) etc. sont toujours fraiches. Face à ces traumatismes, l’évolution du pays depuis son intégration à l’U.E. est, pour le moins qu’on puisse en dire, spectaculaire. De plus, l’appartenance à la zone euro donne, au moins un sentiment, aux Grecs de stabilité financier et économique. Les grecs se disent prêts à rester dans la zone euro mais pas à n’importe quel prix [9] et cette tendance ne fait qu’augmenter.

La question de l’euro et de l’U.E. crée alors une réalité sociale et par conséquent une réalité politique assez compliquée. Face à cette situation dont les créanciers du pays, les médias et le bipartisme ND-PASOK sont parfaitement conscients, cette « alliance sacrée » fait pression sur la population grecque à travers ces deux questions. Ces sujets (sortie de l’euro ou pas, sortie de l’U.E. ou pas) sont souvent mis sur la table par les dirigeants européens, les médias et le bipartisme ND-PASOK pour effectuer un chantage terrible face à la population grecque afin pour qu’elle vote pour un des deux partis pro-mémorandum.

 2. « Le phénomène SYRIZA » : « le nouveau PASOK ».

La « Radiographie » des résultats électoraux de SYRIZA

Le titre peut paraître un peu provocateur, surtout pour les lecteurs qui connaissent le paysage politique grec et la connotation très négatif du PASOK dans la conscience des grecs aujourd’hui, mais ceci nous est permis par une analyse des résultats obtenus par SYRIZA.

Nous parlons de « phénomène SYRIZA » parce qu’en réalité ce qui se passe au sein de SYRIZA dépasse largement les limites de cette coalition politique.

D’autre part, il faut savoir que le PASOK est un parti politique profondément enraciné au sein de la société grecque. D’un côté, le PASOK est synonyme d’espoir dans la conscience des Grecs, surtout grâce/à cause du début de son histoire. En 1981 le PASOK incarnait le changement, le PASOK était synonyme de démocratisation de la vie sociale et politique, le PASOK et Andreas Papandreou ont procédé à des augmentations des salaires et des pensions des retraites, le PASOK a intégré dans son discours beaucoup des revendications de la gauche, le PASOK a toujours été l’espoir de victoire face à la droite. D’un autre côté, le PASOK est aussi synonyme de clientélisme et de scandales de corruption à tous les niveaux, le PASOK a contribué à l’intégration du mouvement ouvrier, le phénomène PASOK a contribué à la marginalisation de l’extrême gauche ainsi qu’à une grande diminution des effectifs de la gauche grecque, le PASOK « a offert le pays à la Troika » etc. Autrement dit, le PASOK est un grand chapitre de l’histoire politique de ce pays.

2. 1. Composition sociale du « phénomène SYRIZA »

Le « phénomène SYRIZA » est le nouveau PASOK parce qu’il arrive à capter une grande partie de l’ancien électorat de PASOK et surtout le cœur de celui-ci.

Suite aux recherches effectuées après les élections du 6 Mai nous avons un « portrait » détaillé des 1.061.265 votants de SYRIZA (soit 16,78% des participants) selon différents critères. Ce « portrait » est présenté dans les tableaux suivants.

Répartition d’âge :

Tranche d’âge 18-24 24-34 35-44 45-54 55-64 65+
Selon VPRC [10] 13,2% 11,6% 18,9% 25,1% 19,6% 8,8%
Selon MRB [11] 17,5% 17,4% 17,8% 22,9% 16,6 8,6%
Selon Public Issue [12] 20% 16% 20% 21% 19% 9%

Tableau 1 : Répartition par tranches d’âge des votants de SYRIZA selon les enquêtes d’opinions

Niveau d’étude :

Niveau d’étude
(jusqu’à)
Primaire
(Ecole élémentaire)
Secondaire
(Collège-Lycée)
Supérieur-Universitaire
(Université et plus)
Selon VPRC [13] 9,4% 17% 20,6%
Selon MRB [14] 10,6% 17,7% 19,2%
Selon Public Issue [15] 10% 18% 19%

Tableau 2 : Niveau d’études des votants de SYRIZA selon les enquêtes d’opinions

Zone d’habitation :

 Zone d’habitation Urbain Semi-urbain Rural
 Selon VPRC [16] 18,1% 14,7% 14%
Selon Public Issue [17] 19% 12% 13%

Tableau 3 : Zone d’habitation des votants de SYRIZA selon les enquêtes d’opinions

« Type de population » :

Population Actif Non-actif Chômeur
 Selon VPRC [18] 20,6% 11,7% 21,6%

Tableau 4 : « Type de population » des votants de SYRIZA selon les enquêtes d’opinions

Genre :

 Genre Homme Femme
Selon VPRC [19] 16,7% 16,9%
 Selon Public Issue [20] 14% 20%

Tableau 5 : Genre des votants de SYRIZA selon les enquêtes d’opinions

Catégorie socioprofessionnelle :

Catégorie socioprofessionnelle Selon VPRC [21] Selon Public Issue
[22]
Employeur-entrepreneur 10% 17%
(Employeur-
entrepreneur-
Travailleur indépendant)
 Travailleur indépendant
(agriculteur, pêcheur, éleveur)
21,5%
Travailleur indépendant
(profession libérale)
17,8%
Travailleur indépendant
(artisan)
17,1%
 Fonctionnaire-Salarié
du publique
27,1% 22%
Salarié du privé 19,7% 18%
Chômeur 21,9% 22%
Retraité 11,3% 12%
Femme
au foyer
13,7% 16%
Etudiant 11,1% 20%

Tableau 6 : Catégorie socioprofessionnelle des votants de SYRIZA selon les enquêtes d’opinions

Les résultats présentés ci-dessus, malgré certaines disparités quantitatives, démontrent que le profil des votants de SYRIZA en 2012 est radicalement modifié par rapport à celui des votants de la « gauche radical traditionnelle » ou des votants de SYRIZA en 2009. Ce corps électoral correspond au corps électoral de PASOK et surtout à son cœur. Les scores très élevés chez les fonctionnaires-salariés du public, bastion traditionnel de PASOK, sont caractéristique de cette affirmation. De plus, le score extrêmement important de SYRIZA chez les agriculteurs est inédit.

Le corps électoral de SYRIZA correspond à un corps électoral qui « a l’avenir devant lui », c’est-à-dire qu’il s’agit du cœur de la population active ou potentiellement active, principalement installée en milieu urbain. Celui-ci est à l’antipode des PASOK-ND qui obtiennent leurs plus grands scores en milieu rural, chez les retraités et dans les catégories d’âge supérieurs à 55 ans [10,11 ,12].

2. 2. Analyse géographique-« de classe » du vote SYRIZA

(Les résultats électoraux par circonscription-région-ville etc. sont disponibles [23])

Avant de démarrer cette partie, rappelons le résultat [24] de l’élection du 6 Mai (Tableau 7).

 Parti politique Nombre des voix  % Nombre des députés obtenus
 N.D. [25] 1.192.051 18,85 108
SYRIZA 1.061.282 16,78 52
 PA.SO.K. 833.527 13,18 41
G.I. [26] 670.957 10,61 33
KKE 536.072 8,48 26
A.D. [27] 441.018 6,97 21
Di.Mar. [28] 386.263 6,11 19

Tableau 7 : Résultat de l’élection du 6 mai.

Une analyse des résultats bureau de vote par bureau de vote-quartier par quartier est révélatrice du nouveau paysage politique en Grèce. Les grandes villes (les trois grandes circonscriptions d’Athènes, les deux du Pirée et les deux de Thessalonique soit 2.556.406 votants, soit 39,5% des votants totaux) ont majoritairement voté pour SYRIZA (le PASOK arrive seulement en cinquième position !)

Le tableau suivant (Tableau 8) présente le résultat dans ces sept grandes circonscriptions.

Parti politique Nombre des voix  % Position sur ces
sept circonscriptions
Position au
niveau national
SY.RIZ.A  500.273  19,57  1  2
N.D.  349.104  13,66  2  1
 PA.SO.K.  233.200  9,12  5  3
G.I.  286.319  11,20  3  4
KKE  234.771  9,19  4  5
A.D.  194.605  7,61  6  6
Di.Mar.  160.723  6,28  7  7

Tableau 8 : Résultats de l’élection du 6 mai 2012 sur les sept grandes circonscriptions (les trois grandes circonscriptions d’Athènes, les deux du Pirée et les deux de Thessalonique)

Dans la plus grande circonscription d’Athènes (la 2e ou B’ circonscription d’Athènes avec 1.042.820 votants soit 16,1% des participants où la participation était de 73,42% soit 8% de plus que la moyenne nationale), ancien bastion électoral traditionnel de PASOK, les résultats sont encore plus accentués en faveur de SYRIZA. Le tableau suivant (Tableau 9) démontre cela.

 Parti politique  Nombre
des voix
 %  Position sur
cette circonscription
 Position au
niveau national
SY.RIZ.A  223.416  21,82  1 2
N.D.  126.967  12,40  2  1
 PA.SO.K.  92.913  9,07  5  3
G.I.  112.691  11,00  3  4
 KKE  98.725  9,64  4  5
A.D.  68.738  6,71  6  6
DI.MAR  67.629  6,60  7  7

Tableau 9 : Résultats de l’élection du 6 mai 2012 à la 2e (B’) circonscription d’Athènes

La 2e circonscription d’Athènes présente des « caractéristiques de classe » très marquées, municipalité par municipalité. Ainsi, la composition sociale de ces quartiers est assez bien connue. Il est très important de noter que SYRIZA arrive en tête dans toutes les municipalités de cette circonscription ! Ceci est vrai dans les quartiers populaires (comme Aigaleo, Agioi Anargiroi-Kamatero, Galatsi, Ilion, Kalithea, Kaisariani, Haidari, Agia Varvara etc.), où SYRIZA arrive en tête avec un score double par rapport au deuxième parti.
Le plus souvent, le deuxième dans ces quartier est soit les G.I. soit le KKE et moins souvent la N.D. Dans les quartiers petits-bourgeois (Halandri, Amarousi, Agia Paraskevi, Holargos, Ilioupoli, Alimos etc.) SYRIZA arrive toujours en tête. SYRIZA arrive également en tête dans les quartiers petits-bourgeois et assez riches du sud de cette circonscription (comme Glifada, Palaio Faliro etc.). Seule exception à cette règle : les quartiers bourgeois très riches au nord d’Athènes (comme Thilothei, Psihiko, Kifisia et Ekali) et le quartier de l’armée, Papagos.

Dans les municipalités bourgeoises très riches au nord d’Athènes, SYRIZA arrive parfois en 4e position (avec 4% à 10%), devancé par des formations néolibérales qui n’ont pas dépassé 3% au niveau national [29] !

Cette analyse se confirme aussi pour les deux circonscriptions du Pirée et à la première circonscription de Thessalonique. Seule la 2e circonscription de Thessalonique a résisté à la « vague du phénomène SYRIZA » où il arrive « seulement » deuxième avec 29.728 voix, soit 14,42% (la N.D. arrive en tête avec 20%). En 2009 dans la même circonscription, SYRIZA a obtenu seulement 4,08% (soit 8.773 voix), la N.D. 37,62% (80.991 voix) et le PASOK était arrivé en tête avec 38,23% (soit 82.298) (la participation étant de 82,11% au lieu de 75,14% en mai 2012).

Au delà des trois grandes villes, où les scores de SYRIZA sont littéralement ravageurs, SYRIZA obtient des scores « moins bons » mais toujours très hauts ! Il arrive en tête (avec une différence moins importante par rapport au deuxième qu’à Athènes) dans sept régions où son score par le passé ne dépassait jamais les 5% (comme dans les régions de Xanthi, Kefalinia-Kefalonia, Kerkira-Corfou, Hania-Canée, Evoia-Eubée, Voitia, Ahaia) (SYRIZA arrivant en tête dans 13 régions au total). Dans les autres régions, où il arrive souvent deuxième (12 régions) ou troisième (22 régions), SYRIZA effectuant toujours des très bons scores par rapport au passé. Dans seulement 9 régions, SYRIZA arrive quatrième mais il s’agit très souvent de régions conservatrices toujours marquées à droite. Ceci-dit, dans ces régions, la monté de SYRIZA reste toujours très importante.

De plus, même dans les régions où SYRIZA n’arrive pas en tête, il arrive souvent en tête dans « la plus grande ville de ces régions » [30]. Ainsi, dans les régions de province, les villages ont voté très différemment des villes. Le tableau suivant (Tableau 10) présente quelques exemples.

Région  Position et score
de SYRIZA
dans la région
Préfecture-ville
principale
de la région
Positon et score
de SYRIZA
dans la ville
Lesbos 3 ; 14,69% Mytilène-Mitilini 1 ; 17,88%
Magnisia 2 ; 18,00% Vólos 1 ; 20,69%
Héraklion (Crète) 2 ; 15,90% Héraklion 1 ; 19,21%
Ioanninon 2 ; 17,61% Ioannina 1 ; 21,02%
Lasithiou (Crète) 3 ; 14,03% Agios Nikolaos 1 ; 16,56%
Rethimnis (Crète) 2 ; 14,58% Réthymnon 1 ; 17,77%
 Artas 2 ; 21,67% Arta 1 ; 26,38%

Tableau 10 : Résultats de SYRIZA à l’élection du 6 mai 2012 sur certaines régions et sur la préfecture de la région.

Il est crucial de noter (pour la symbolique et pour le contenu politique de cette remarque) que dans le fief électoral de la famille Papandreou et du PASOK dans la région d’Ahaia et surtout dans la ville de Patras, SYRIZA arrive en tête (!) avec de très bons scores !

De plus, dans l’île de Crète (composée de quatre régions avec 535.506 votants soit 5,4% des inscrits), le bastion électoral de PASOK le plus important en Grèce, SYRIZA arrive en tête sur une de quatre régions de l’île (région de Canée-Hania). Le PASOK arrive en tête dans les trois autres régions (Héraklion, Rethimnis et Lasithiou), mais avec un effondrement de ses scores. Comme le montre le tableau ci-dessus, SYRIZA arrive en tête dans les préfectures de ces régions (!) (villes qui votaient traditionnellement pour le PASOK, parfois même avec des scores allant de 50% à 70%). Dans son ensemble nous pouvons dire que, même dans l’île de Crète, SYRIZA est le véritable gagnant des urnes.

L’analyse du vote par bureau de vote confirme les résultats des instituts de sondage concernant le lieu d’habitation des votants de SYRIZA (Tableau 3).

Tous ces éléments présentés ci-dessus concernant le « phénomène SYRIZA » nous permet de dire que « socialement » il s’agit d’un « nouveau PASOK ». La question qui reste à être confirmée est la profondeur de ces mouvements au sein de la société grecque. A notre avis, il s’agit de tendances importantes et profondes qui se confirmeront et s’accentueront dans les années à venir (lors d’un prochain article, nous justifierons cette position).

 3. Pratiques et positions politiques de SYRIZA [31]

3. 1. Modifications-droitisation des positions de SYRIZA

Tsipras, le leadeur de SYRIZA, a demandé au peuple grec de voter pour SYRIZA afin qu’il puisse constituer « un gouvernement de gauche ». Les mesures principales du programme de SYRIZA étaient [32] :

a) l’annulation du mémorandum, l’annulation des accords de prêt avec l’U.E., la BCE et le FMI et la suppression de toutes les mesures prises en application des mémorandums et des accords de prêt ;

b) l’audit de la dette publique ;

c) l’application d’un moratoire sur le remboursement de la dette publique ;

d) l’annulation d’une grande partie de la dette publique ;

e) la mise en place d’un bouclier social à travers des mesures sociales ;

f) la nationalisation-socialisations des banques et le financement de la dette du pays directement au près de la B.C.E. ;

g) la reconstruction-restructuration productive du pays à travers le retour au secteur public des points clé de l’économie comme l’électricité, les télécommunications, les transports, l’eau etc. ;

h) la redistribution des richesses avec un nouveau système d’imposition plus juste ; et i) le refus des privatisations.

Après les élections du 6 mai et suite aux discussions pour la formation d’un éventuel gouvernement de gauche, SYRIZA et Tsipras ont été obligés de détailler leurs propositions. Regardons comment leurs positions autour des questions centrales ont évolué.

3. 1. a. Annulation du mémorandum, ou pas ? Peut-être annulation politique du mémorandum et non juridique ? Et finalement annulation… !

Durant toute la période avant les élections du 6 Mai SYRIZA avait une position très dure et stricte contre l’austérité, le mémorandum et ces mesures.

A la réunion officielle avec le président de la république lors du mandat exploratoire pour la formation d’un gouvernement, Tsipras a expliqué que son gouvernement ne fera aucune action unilatérale d’annulation du mémorandum et des accords de prêt [33]. Toute action serait entreprise suite à des négociations avec les partenaires européens. Cela est aussi la position exprimée par plusieurs cadres de SYRIZA et notamment par un haut cadre de SYRIZA et de SYNASPISMOS, M. Dragasakis [34]. Dragasaki est un ancien cadre de SYNASPISMOS, ancien secrétaire d’Etat chargé de l’économie et des finances au gouvernement universel [35] de M. Zolotas entre le 23 novembre 1989 et le 13 février 1990.

Aujourd’hui, il est député de SYRIZA et responsable de la commission de SYRIZA chargé des questions économiques. C’est d’ailleurs Dragasakis qui a présenté à la presse le programme économique réactualisé de SYRIZA [36]. Cette déclaration a été effectuée durant le mandat exploratoire de Tsipras quand SYRIZA essayait de constituer un gouvernement de gauche et qu’il n’était pas encore sûr que le pays se dirige vers une nouvelle élection. Une fois qu’il était sûr que SYRIZA ne pouvait former son gouvernement de gauche et qu’il était quasiment certain que de nouvelles élections allaient avoir lieu en juin, Dragakis a déclaré le 19 mai que SYRIZA considérait toutes les possibilités, y compris celle d’une annulation unilatérale du mémorandum [37]. Quelques jours plus tard, le 24 mai, Dragakis a expliqué que le mémorandum serait annulé politiquement mais pas forcement juridiquement [38]. Il pourrait y avoir annulation unilatérale des certaines mesures du mémorandum (les mesures annulés seront celles qui concernent les questions d’emploi) mais d’autres paramètres seraient négociées et d’autres maintenues [39]. Il a aussi expliqué lors de la même interview que cela était la position exprimée par Tsipras lors de sa lettre aux dirigeants européens [40].

Certaines personnes expliqueront que la position de Dragasakis fait partie de la pluralité de SYRIZA, en opposant les déclarations de M. Lafazanis qui exprime l’aile gauche de SYNASPISMOS qui se positionne pour l’annulation du Mémorandum [41]. Mais en même temps, M. Papadimoulis ancien eurodéputé de SYRIZA et député réélu explique que Tsipras exprime la position officielle de SYRIZA, mais il rajoute également que les opinions de Dragasakis pèsent, puisqu’il est responsable de la commission économique [42]. La même position contre la mise en place des actions unilatérales a été aussi exprimé par Mme Dourou lors de la visite de la délégation de SYRIZA à Paris [43].

La confusion autour de cette question est aussi accentuée par la lettre envoyée par M. Tsipras aux dirigeants des institutions de l’U.E. [44] où il ne dit pas qu’il annulera le mémorandum. Concernant cette lettre il faut noter que : 1) Tsipras et SYRIZA n’avait aucune obligation d’envoyer cette lettre aux dirigeants européens ; 2) le ton de la lettre est très calme et pas du tout agressive. Ce ton est à l’antipode du débat mené avant les élections et prolongé en ce moment même en Grèce et dans les autres pays de l’U.E. A noter aussi les multiples attaques de la part des instances européennes et des dirigeants européens contre la Grèce et/ou SYRIZA ; 3) Cette lettre est révélatrice d’une droitisation lente mais régulière des positions de SYRIZA. En aucun cas dans cette lettre Tsipras ne dit qu’il annulera le mémorandum, ou une partie de la dette publique. Il se positionne plutôt pour une renégociation du mémorandum dans le cadre d’une grande renégociation au niveau européen des politiques d’austérité. La position de la « renégociation » est aussi exprimé par le PASOK et la N.D.

Finalement, avec le départ de la nouvelle campagne électorale lors de la conférence de presse de présentation du programme de SYRIZA réactualisé le 1er juin, Tsipras a déclaré que « le mémorandum, soit tu l’appliques soit tu l’annules » et « nous l’annulerons » [45].

La question, en tout cas est maintenue : que fera SYRIZA en ce qui concerne le mémorandum ? Les déclarations sont souvent grandiloquentes, à l’image de l’interview de Tsipras au Guardian où il déclare qu’il s’agit d’une guerre entre le capitalisme et les peuples et qu’il déchirera le mémorandum [46], mais les détails sont importantes. Il s’agit de détails éminemment politiques et non techniques. Le diable se cache souvent dans les détails dans ce genre de situations.

3. 1. b. Et la dette ? Annulation, remboursement ou négociation ?

Concernant la question de la dette, SYRIZA et surtout SYNASPISMOS ont souvent modifié leurs positions. Au début de la crise, il n’y avait pas vraiment de position sur la question de la l’annulation de la dette. Ensuite, pour une période courte, ils ont failli adopter une position pour l’annulation de la dette odieuse. Finalement, la position adoptée est pour l’annulation d’une grande partie de la dette sans détailler comment définir cette grande partie de la dette. Cette position ambigüe est à notre avis cruciale et elle joue un rôle très important quant aux modifications de positions de SYRIZA.

Durant toute la période électorale avant le 6 mai SYRIZA mettait en avant la question de l’audit sur la dette et parfois il rappelait aussi la position sur l’annulation d’une grande partie de la dette.

La période après les élections du 6 mai est révélatrice des positions de SYRIZA sur la question. SYRIZA se prononce en priorité pour un moratoire sur la dette publique de 3 à 5 ans. En parallèle un audit de la dette sera organisé. Concernant la question de l’annulation de la dette, là encore aucune action unilatérale n’est prévue par SYRIZA. Au contraire même, l’exemple avancé par SYRIZA est celui de l’Allemagne en 1953. SYRIZA pense que suite à une conférence international avec les créanciers, il y aura un accord entre le gouvernement grec et ses créanciers afin d’annuler une grande partie de la dette publique du pays et rembourser le reste avec une clause de croissance. C’est-à-dire, le pays remboursera sa dette seulement lors qu’il traverse des phases de croissance. Cette proposition est d’ailleurs aussi soutenue par Giulio Tremonti, ancien ministre de l’économie et des finances du gouvernement Berlusconi [47].

Depuis la semaine dernière et la reprise de la période électorale en perspective du scrutin du 17 juin, les cadres de SYRIZA, Dragasakis comme aussi Lafazanis, quasiment unanimes, expliquent que la stratégie autour de la dette est la suivante : tout d’abord une négociation avec les créanciers pour obtenir un effacement de la plus grande partie de la dette (basé sur le modèle allemand), puis, si les négociations n’aboutissent pas, un moratoire avec remboursement de la dette une fois que le pays retrouverait de la croissance [48]. Cette stratégie a été confirmée par Tsipras lors de la présentation du programme réactualisé de SYRIZA [49].

Les déclarations des cadres de SYRIZA lors de la visité de la délégation de SYRIZA à Paris s’inscrivent dans ce cadre. Sofia Sakorafa a mis en avant la question de l’audit international de la dette, mais n’a jamais parlé d’une annulation totale ou partielle [50].

Ces deux évolutions (sur la question du mémorandum et de la dette) nous permettent de parler d’évolution des positions de SYRIZA, voire même d’une droitisation de SYRIZA.

Nous utilisons le terme de droitisation parce que nous pensons, comme nous avons expliqué au début de cet article, que la situation du pays exige l’annulation du mémorandum et des accords des prêts, ainsi que l’annulation unilatérale de la dette et surtout la population du pays partage ces deux positions politiques. Le SYRIZA par sa posture sur ces questions n’arrondit pas les angles il est clairement à notre avis en dessous de la hauteur politique de la conjoncture.

Notre déception sur la question est aussi accentuée par le positionnement d’une autre formation politique, celle des Grecs Indépendants (G.I.), formation anti-mémorandum souverainiste de droite, vis-à-vis de ces deux questions. Les G.I. se positionnent pour une annulation unilatérale des mémorandums et des accords de prêts ainsi que pour une annulation unilatérale de la dette odieuse (la dette odieuse selon eux dépasse 70% de la dette publique du pays) et à une grande restructuration du restant suite à des négociations avec les créanciers [51].

Il est, à notre avis, problématique de voir une formation de la droite avec des positions « plus à gauche » que SYRIZA sur ces deux questions. Les G.I., à notre avis, intègrent la question de l’annulation unilatérale de la dette parce qu’ils ont compris qu’il s’agit d’une revendication politiquement mature au sein de la société grecque.

3. 1. c. Et les banques ? les privatisations ? l’euro ? les relations avec l’U.E. ?

Tsipras, Dragasakis et Lafazanis expliquent [52] que les 50 milliards de la Troika concernant la recapitalisation des banques grecs sont nécessaires et seront acceptés. Ensuite, SYRIZA procéderait à la nationalisation-socialisation de banques grecques. Cette position figure toujours sur le programme réactualisé de SYRIZA tel que celui-ci a été présenté par Tsipras [53]. Pour appuyer sa position, Tsipras cite même l’exemple d’Obama aux Etats-Unis qui, selon lui, a nationalisé les banques, en rajoutant que SYRIZA est pour des procédures transparentes et pour le contrôle social des banques à travers éventuellement le parlement [54]. Mais, en aucun cas, Tsipras n’est favorable à un contrôle étatique sur la circulation d’argent [55].

Comme nous l’avons noté précédemment, tout cela se ferait avec l’argent de la Troika (!) prêté à l’Etat grec. Ceci revient en réalité à un achat des banques par l’Etat, c’est-à-dire une étatisation. Les actionnaires conserveront leurs actions mais ils deviendront actionnaires minoritaires et l’Etat grec sera l’actionnaire majoritaire. Grâce à cela, l’Etat grec pourra nommer la majorité des administrateurs aux C.A. des banques et ainsi les contrôler. Certes, il s’agit d’un progrès important par rapport au passé quand les banques grecques ont été recapitalisées par l’Etat mais les actionnaires ont conservé le contrôle des établissements. Néanmoins, en aucun cas il ne s’agit pas ni d’une nationalisation sans indemnisation ni d’une socialisation. La présentation de cette action par SYRIZA comme une nationalisation-socialisation est un simple fait d’annonce.

SYRIZA s’engage à ne pas effectuer aucune des 50 milliards de privatisation prévues par les mémorandums [56]. Concernant les entreprises qui ont été privatisées par le passé, comme la privatisation d’Olympic Airlines, Tsipras explique qu’il ne pourra rien faire puisque leur nationalisation nécessiterait beaucoup d’argent dont l’Etat ne dispose pas [57].

Visiblement, il n’est pas question d’une nationalisation de l’entreprise sans indemnisation alors qu’il s’agit d’une entreprise stratégique pour le développement du pays. Pourtant SYRIZA se prononce pour le retour au secteur public des points clé de l’économie [58] sans préciser la façon dont il procédera. Visiblement, suite à ces déclarations, on peut conclure que SYRIZA n’est pas favorable à des nationalisations-socialisations sans indemnisation des actionnaires. Cette affirmation est renforcée par la déclaration de Tsipras lors de la présentation du programme réactualisé de SYRIZA. Il a déclare que « il veut un retour, progressivement en fonction des capacités de l’économie, au contrôle du secteur public des entreprises qui ont été privatisées ou qui sont en train de l’être (comme la compagnie de télécommunication OTE, comme la compagnie d’électricité DEH, la compagnie des chemins de fer, la poste, la compagnie d’eau, les moyen des transports etc.) » [59]. Nous pouvons donc déduire que, SYRIZA est pour des acquisitions de ces entreprises par l’Etat, c’est-à-dire des étatisations, quand l’état grec sera financièrement capable de le faire. Une fois de plus, il s’agit d’un fait d’annonce puisque, comme Tsipras l’admet lui-même, le retour au secteur public des compagnies clés pour le développement du pays s’effectuera« progressivement en fonction des capacités de l’économie » [60]. Mais les capacités actuelles de l’économie grecque et plus particulièrement de l’état grec sont bien connues. De plus, ces positions autour des entreprises clés de l’économie comme aussi la position sur les banques, dont nous avons analysé précédemment, montrent une drôle de conception, voire même une confusion complète, de la part de SYRIZA autour d’une part des notions de nationalisation, socialisation, étatisation et d’autre part sur les notions de propriété public et propriété d’Etat.

Concernant la question de l’euro et de l’U.E. Tsipras explique que SYRIZA est une formation pro-européenne et veut que la Grèce reste dans la zone euro [61]. SYRIZA n’est pas pour un retour à la drachme et Tsipras pense qu’il peut négocier avec la Troika et l’U.E., l’application de son programme. Tsipras se dit favorable à une aide européenne, permettant notamment de recapitaliser les banques à condition que cette aide n’étrangle pas la société grecque [62]. Il pense aussi que la seule façon de sortir de cette crise au niveau européen est un nouveau plan Marshall au niveau européen [63], destiné prioritairement aux pays du sud de
l’U.E [64]. De plus, les propositions de SYRIZA sont présentées par Tsipras comme les solutions qui permettront à la zone euro d’être sauvée [65].

Selon Tsipras, les politiques néolibérales conduiront la zone euro et l’U.E. à un effondrement. Tsipras se présente alors comme un « sauveur » de l’U.E. et de l’euro La stratégie de Tsipras est une renégociation globale de la politique économique, financière et industrielle de l’U.E. dans une direction diamétralement opposée à celle qui a été appliquée jusqu’à présent [66].

Notes

[1http://www.parismatch.com/Actu-Matc…

[2] Lénine, « Le communisme », 12 juin 1920, Revue de l’Internationale communiste pour les pays de langue allemande, Œuvres – T. XXXI (avril – décembre 1920), http://www.marxists.org/francais/le…

[3] L’article d’Eric Toussaint donne une première description des résultats, sur ESSF (article 25135), Seismic election results in Greece and success of the radical left-wing coalition :http://www.europesolidaire.org/spip…

[4http://initiativegrecqueaparis.word…

[5http://www.mleray.info/article-grec…

[6] Voir sur ESSF (article 25392), Two points of view on the Greek Left, Syriza and the responsibilities of the European Left : http://www.europe-solidaire.org/spi…].

[7http://www.particommuniste.be/index…

[8] Voir aussi sur ESSF (article 25396), La gauche grecque et la question de l’Union européenne. Sur la sortie de l’euro et le désengagement anticapitaliste de l’UE : http://www.europe-solidaire.org/spi…

[9http://www.real.gr//Files/Articles/…

[10http://www.avgi.gr/ArticleActionsho… ; et
http://www.avgi.gr/images/photoarch…

[11http://www.real.gr//Files/Articles/…

[12http://www.publicissue.gr/2011/koin…

[13http://www.avgi.gr/ArticleActionsho… ; et
http://www.avgi.gr/images/photoarch…

[14http://www.real.gr//Files/Articles/…

[15http://www.publicissue.gr/2011/koin…

[16http://www.avgi.gr/ArticleActionsho… ; et
http://www.avgi.gr/images/photoarch…

[17http://www.publicissue.gr/2011/koin…

[18http://www.avgi.gr/ArticleActionsho… ; et
http://www.avgi.gr/images/photoarch…

[19http://www.avgi.gr/ArticleActionsho… ; et
http://www.avgi.gr/images/photoarch…

[20http://www.publicissue.gr/2011/koin…

[21http://www.avgi.gr/ArticleActionsho… ; et
http://www.avgi.gr/images/photoarch…

[22http://www.publicissue.gr/2011/koin…

[23] Résultats officiel issus du site du ministère de l’intérieur grec : http://eklogesprev.
singularlogic.eu/v2012a/public/index.html#« cls » :« main »,« params » : ; http://ekloges.ypes.gr/ ;
http://www.ypes.gr/el/

[24] A noter que l’abstention était particulièrement élevée (34,9%). De plus le pourcentage des partis qui n’obtiennent pas le seuil de 3% au niveau national afin d’accéder au parlement était de 18,9% (!). Il s’agit d’un résultat record. Le Tableau 7 présente seulement les résultats des partis qui ont dépassé ce seuil. Un article ultérieur analysera la totalité des résultats des élections en Grèce et présentera des détails supplémentaires sur les partis qui n’ont pas accédé au parlement.

[25] Nouvelle Démocratie, la droite.

[26] G.I. Grecs Indépendants, parti que l’on peut qualifier comme uneformation de droite souverainiste antimémorandum. Nous en parlerons par la suite.

[27] D.A. Chrisi Aygi, l’Aube Dorrée, formation de l’extrême droite néonazie.

[28] Di.Mar la Gauche Démocratique, scission « droitière » de SYRIZA. Nous en parlerons par la suite.

[29] Le seuil de 3% au niveau national est fixé afin qu’une formation puisse accéder au parlement.

[30] « La plus grande ville de ces régions » correspond à ce qui est appelé en Grèce « capitale de la région », en France ces villes correspondent aux préfectures. Ces villes concentrent la majorité parfois même la totalité de la vie économique et politique des ces régions.

[31] Les positions politiques de SYRIZA et son fonctionnement sont mal connus voire même très peu connus à l’étranger (Europe, France etc.). Cette partie de l’article essaye de présenter, avec la plus grande objectivité possible, les positions de SYRIZA tout en procédant à une analyse critique de celles-ci.

[32http://www.syriza.gr/index.php?opti…

[33] PV de l’audience officiel avec le président de la république, page 6,
http://www.real.gr//Files/Articles/…

[34http://www.tovima.gr/afieromata/ele…

[35] ouvernement avec la participation de tous les partis politiques parlementaires de l’époque, c’est-à-dire le PASOK, la N.D.et le SYNASPISMOS unifié, c’est-à-dire le KKE et le SYNASPISMOS.

[36http://www.syn.gr/gr/keimeno.php?id…

[37http://www.newsbomb.gr/ekloges-2012…
toy-mnimonioy

[38http://www.tovima.gr/politics/artic… et http://www.enikos.gr/ekloges-
2012/46891,Anadiplwsh_apo_ton_SYRIZA ;.html

[39http://www.skai.gr/news/politics/ar…
ufesi-/

[40http://www.particommuniste.be/index…

[41http://www.iskra.gr/index.php?optio…
catid=81%3Akivernisi&Itemid=198#.T7bIzX5jtqI.facebook

[42http://www.syriza.gr/index.php?opti…
%CF%80%CE%AC%CF%83%CE%BC%CE%B1%CF%84%CE%B1-
%CF%83%CF%85%CE%BD%CE%AD%CE%BD%CF%84%CE%B5%CF%85%CE%BE%CE%B7%CF%82-
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    %CE%B1%CF%80%CF%81%CF%89%CF%84%CE%BF%CF%83%CE%AC%CE%BB%CF%84%CE%B5&
    Itemid=154

[43http://initiativegrecqueaparis.word…
a-leuro-entretien-avec-rena-dourou-par-claire-gatinois/ ; voir aussi sur ESSF (article 25333), « La rigueur n’est pas la condition sine qua non de l’appartenance à l’euro » – Interview d’une députée de Syriza:http://www.europesolidaire.
org/spip.php ?article25333

[44http://www.particommuniste.be/index…

[45http://www.real.gr//Files/Articles/… ; http://www.syn.gr/gr/keimeno.php?id…

[46http://www.guardian.co.uk/world/201…

[47http://www.tovima.gr/finance/articl… et http://europegrece.wordpress.com/20…
grecque-etou-sortir-lallemagne-de-leuro/

[48http://www.skai.gr/player/TV/?MMID=…http://www.iskra.gr/index.php?optio…
catid=81%3Akivernisi&Itemid=198#.T7bIzX5jtqI.facebook

[49http://www.real.gr//Files/Articles/… ; http://www.syn.gr/gr/keimeno.php?id…

[50http://blogs.mediapart.fr/blog/jean…

[51http://www.scribd.com/doc/89947041/…
%CE%91%CE%9D%CE%A4%CE%99%CE%A0%CE%A1%CE%9F%CE%A4%CE%91%CE%A3%CE%97

[52http://www.youtube.com/watch?v=o4Z-…http://www.tovima.gr/afieromata/ele…,http://www.iskra.gr/index.php?optio…
catid=81%3Akivernisi&Itemid=198#.T7bIzX5jtqI.facebook

[53http://www.real.gr//Files/Articles/… ; http://www.syn.gr/gr/keimeno.php?id…

[54http://www.youtube.com/watch?v=o4Z-…

[55http://www.youtube.com/watch?v=o4Z-…

[56http://www.youtube.com/watch?v=o4Z-…http://www.syriza.gr/index.php?opti…

[57http://www.youtube.com/watch?v=o4Z-…

[58http://www.syriza.gr/index.php?opti…

[59http://www.real.gr//Files/Articles/… ; http://www.syn.gr/gr/keimeno.php?id…

[60http://www.real.gr//Files/Articles/… ; http://www.syn.gr/gr/keimeno.php?id…

[61http://www.la-bas.org/article.php3?…http://www.europe1.fr/MediaCenter/E… ;http://www.dailymotion.com/video/xq…

[62http://www.youtube.com/watch?v=o4Z-…

[63http://www.epikaira.gr/epikairo.php…

[64http://www.channel4.com/news/tsipra…

[65http://www.guardian.co.uk/world/201…http://www.europe1.fr/MediaCenter/E… ;http://www.dailymotion.com/video/xq…

[66http://www.particommuniste.be/index…

3. 2. Diabolisation de SYRIZA, « auto-dédiabolisation » et réalité

Les médias et les hommes politiques (en Grèce et au niveau européen) essayent de présenter SYRIZA comme le choix politique qui conduira la Grèce et l’Europe à la catastrophe.

C’est quand même extraordinaire de voir ceux qui ont directement ou indirectement conduit la Grèce au bord de la catastrophe se présenter pour une énième fois comme des sauveurs et traiter SYRIZA comme la force de catastrophe. Une fois de plus, nous sommes en train de vivre une déformation de la réalité.

Pour convaincre les électeurs, les opposants de SYRIZA les plus extrémistes traitent SYRIZA de parti communiste, de parti de l’extrême gauche. Ils utilisent même les vieux arguments comme : « les communistes de SYRIZA vont vous prendre les maisons, la nourriture et les femmes » etc. Il s’agit des mêmes arguments utilisés durant la guère civile et la dictature contre le camp communiste. Les opposants de SYRIZA les plus modérés traitent SYRIZA de parti antieuropéen qui conduira la Grèce à une sortie de l’euro et à la drachme.

Face à cette tentative de diabolisation de SYRIZA, Tsipras et SYRIZA répondent avec leurs positions. Tout d’abord, Tsipras explique qu’il n’est pas un dirigeant de l’extrême gauche mais d’un parti démocratique de gauche [1]. Concernant les accusations de ses adversaires, il explique que c’est le mémorandum et la politique d’austérité qui conduisent à une perte des maisons des gens.

Pour répondre aux attaques, SYRIZA et Tsipras répètent leurs positions. Le SYRIZA est bien un parti politique favorable à l’U.E. et au maintien du pays dans la zone euro. Bien évidement, ils veulent une autre Europe. Tsipras dit que si nous (la Grèce) sommes arrivés là, c’est parce qu’il y a jamais eu une vraie négociation avec l’U.E. et il pense qu’il est capable de faire cette négociation. De plus, il ajoute qu’il est favorable à la recapitalisation des banques comme nous avons expliqué précédemment.

Tsipras explique que la crise grecque est en réalité une crise européenne qui risque de conduire l’Europe toute entière à la catastrophe. Il rajoute que l’argent des contribuables européens alimente pour l’instant un puits sans fond [2] parce que la politique appliquée, celle de la Troika, ne peut pas fonctionner. Il essaye de se présenter comme la personnalité politique qui veut sauver l’argent des citoyens européens contrairement aux actuels dirigeants de l’U.E.

De plus, Tsipras, pour renforcer son profil de personnalité politique non dangereuse, a effectué un certain nombre de réunions avec des personnalités politiques. Il a eu l’occasion de discuter avec le social-démocrate du SPD et président du Parlement européen Martin Saultz [3] qui a même déclaré à la fin de la réunion qu’il ne connaissait Tsipras que par la télévision et les média, mais que de près il était moins dangereux que ce qu’on lui avait présenté [4]. Dans cette stratégie d’auto dédiabolisation Tsipras a essayé sans succès de rencontrer François Hollande et Angela Merkel. Il a aussi effectué des réunions avec ses confrères politiques en France et en Allemagne (le Die Linke, le FdG et le PCF). Lors de ces voyages, il a aussi rencontré des dirigeants du PS, du SPD et des Verts [5].

La réunion qui à notre avis pose le plus de questionnement est celle que Tsipras a fait avec le nouvel ambassadeur de l’Allemagne en Grèce. Cette réunion a bien été annoncée [6] mais il n’y a eu aucune information sur son déroulement. Nous n’avons trouvé aucune information sur internet sur sa tenue. Selon le Guardian elle a bien eu lieu [7]. Peut-être qu’elle n’a pas eu lieu, mais la volonté même de Tsipras de rencontrer l’ambassadeur de l’Allemagne pose à notre avis beaucoup de questionnements d’un point de vue symbolique. La Grèce est un pays avec une histoire très marquée par les relations entre les dirigeants des partis politiques (notamment les relations de la droite, du centre et du PASOK) et les ambassades étrangers (notamment celle des USA). A notre, avis, ce type de réunion est une tentative « d’autodédiabolisation » de SYRIZA en présentant ses positions à ses futurs interlocuteurs européens.

Une phrase qui revient beaucoup en ce moment chez les hommes politiques grecs, aussi bien à gauche qu’à droite, est que suite aux résultats du 6 mai, en Grèce et en France, la donne change en Europe. Tsipras explique que le vote du peuple grec délégitime le mémorandum [8] et lui donne le poids pour négocier avec l’U.E. De plus, Tsipras, comme d’ailleurs beaucoup d’autres hommes politiques grecs, à gauche comme à droite, pense que l’élection de François Hollande change le paysage politique en Europe [9] et offrira à la Grèce de nouvelles possibilités de négociations au sein de l’U.E. Même si le nouveau Premier Ministre français, Jean-Marc Ayrault, se positionne pour que les Etats puissent se financer directement auprès de la BCE [10], position défendue d’ailleurs par SYRIZA et le FdG, nous savons bien que le PS est lié à la logique social-libérale et que le peuple grec ne peut en aucun cas compter sur ce gouvernement pour un éventuel soutien.

Cette position est renforcée par les déclarations de Laurent Fabius qui tacle Tsipras en déclarant que les Grecs ne peuvent pas se prononcer pour des formations qui les feraient sortir de l’euro [11]. Des déclarations similaires qui attaquent directement ou indirectement le SYRIZA ont été effectuées par plusieurs dirigeants européens. Il est à noter qu’à chaque fois ces déclarations ont été utilisées en Grèce par les médias et les partis politiques pro-mémorandum pour convaincre les électeurs et surtout semer la peur et renforcer l’argument qui veut que le vote à SYRIZA serait synonyme de sortie de l’euro pour la Grèce.

3. 3. Le vote utile

Durant la période électorale SYRIZA a utilisé l’argument du vote utile face aux autres composantes de la gauche et surtout face à l’extrême gauche. Les militants de SYRIZA répétaient à plusieurs reprises que le vote pour les autres formations de la gauche était complètement inutile et que le seul vote utile était celui pour SYRIZA [12]. La logique du vote utile existe en Grèce (comme en France d’ailleurs) depuis très longtemps. L’argument du vote utile a été utilisé avec grande réussite dans les années ’50-‘60 par le centre (Enosi Kentrou) pour affaiblir E.D.A (la gauche unie). Ensuite, le PASOK a systématiquement fait recours à cet argument pour affaiblir la gauche et surtout SYNASPISMOS. C’est scandaleux de voir SYRIZA, une formation qui a autant souffert de la logique du vote utile, utiliser cette arme électorale face aux autres formations de la gauche.

3. 4. Déficit de démocratie interne au sein de SYRIZA

L’article de Yorgos Mitralias [13] explique « l’histoire de la constitution » de SYRIZA et fournit aussi quelques détails par rapport aux organisations qui composent SYRIZA. Un problème structurel de SYRIZA qui n’est jamais [14] mentionné est le déficit de démocratie interne. SYRIZA est un front d’organisation. Le pas vers la constitution d’un autre modèle organisationnel plus démocratique n’a pas encore été franchi malgré le fait que SYRIZA existe depuis 2004 et qu’il a traversé plusieurs crises.

La justification-explication avancée face à cette critique était que l’aile social-démocrate de SYNASPISMOS (qui a donné naissance à la Gauche Démocrate, Di.Mar.) posait un veto face à une telle évolution et que, pour éviter les problèmes internes au sein de SYNASPISMOS, une telle possibilité était exclue. Depuis 2010 l’aile droite de SYNASPISMOS est partie mais SYRIZA n’a toujours pas procédé à des évolutions organisationnelles. Ceci pose beaucoup des questions concernant la volonté de SYNASPISMOS de transformer SYRIZA à un outil démocratique au-delà du simple front d’organisation. De plus, la composante majeure de SYRIZA est SYNASPISMOS. SYNASPISMOS est la composante la plus importante pas seulement d’un point de vue organisationnel (SYNASPISMOS et son organisations de jeunesse comptent beaucoup plus de militants que toutes les autres organisations de SYRIZA), mais aussi d’un point de vue financier, idéologique et politique. SYNASPISMOS a une influence assez importante au sein de certaines couches de la société grecque. Le journal de SYNASPISMOS, Avgi, est le journal historique d’EDA des années ’60 avec une influence importante au niveau national.

Concernant le fonctionnement interne de SYRIZA, il existe des assemblées générales (A.G.) de SYRIZA par quartier-ville. Ces assemblées élisent des délégués pour la conférence nationale de SYRIZA. L’élection des délégués se fait sur une base de pourcentage afin de représenter à la fois les organisations qui participent au front et les militants de SYRIZA qui n’appartiennent pas une organisation. Ensuite, la conférence nationalz vote le programme de SYRIZA et élit également un comité de coordination national. Ce comité élit le bureau du comité qui constitue en réalité la direction de SYRIZA.

Bien évidement le système de représentation de SYRIZA, avec les différents pourcentages pour les organisations et les « non-alignés » etc., fait en sorte que les militants de SYRIZA qui n’appartiennent pas une organisation ne pèsent presque pas du tout au sein de SYRIZA. De la même façon, la représentation médiatique et politique de SYRIZA revient à une majorité écrasante aux membres de SYNASPISMOS. En réalité, indépendamment du programme et du travail de SYRIZA c’est SYNASPISMOS qui porte médiatiquement les positions de SYRIZA et « tient les clés de la boutique ». Cette affirmation est confirmée et renforcée même par le fait que parmi les 52 députés de SYRIZA seulement 4 appartiennent à une composante [15] autre que SYNASPISMOS ou ne sont pas des ex-cadres du PASOK qui l’ont quitté suite à l’application des mémorandums. Parmi ces 4, la DEA obtient une député et KOE trois, alors que SYRIZA est composé de 12 composantes au total []. KOE (Organisation Communiste de Grèce) est une organisation qui se dit maoïste. En réalité KOE est l’organisation la plus importante après SYNASPISMOS au sein de SYRIZA. Elle s’est transformé depuis quelques années en bras droit de la direction de SYNASPISMOS, à tel point qu’une crise interne a éclaté il y a six mois et aujourd’hui le député Hatzilambrou de SYRIZA et de KOE (pourtant un ancien de KOE, ex du PC-ml) déclare à la presse : « je ne suis plus mao, je suis de la gauche normale » [16]. De plus, KOE, organisation qui défendait l’annulation de la dette et la sortie de l’euro, a été obligé de changer sa position le 21 mai dernier. Elle explique que son changement de position s’effectue pour préserver SYRIZA face aux attaques médiatiques mais elle rajoute qu’il s’agit d’un vrai changement de position [17].

La question de l’annulation de la dette disparaît et avec ce texte KOE s’aligne complètement, en ce qui concerne ses positions politiques, sur la direction de SYNASPISMOS.

Le cas de KOE est représentatif de la situation au sein de SYRIZA. En réalité le grand pôle au sein de SYRIZA, la direction de SYNASPIMOS, arrive à imposer directement ou indirectement ces positions. Toutes les autres composantes acceptent de se soumettre en faisant toute concession politique demandée par les médias ou SYNASPISMOS afin d’espérer récupérer des postes de député gracieusement offerts par le « pontificat » du « front », la direction de SYNASPISMOS.

Dernier point concernant « la vie interne » de SYRIZA, Tsipras a déclaré que SYRIZA serait bientôt refondé et se transformera en un mouvement démocratique de gauche [18]. A noter que SYRIZA veut dire en grec regroupement de la gauche radical. Qu’en devenu la gauche radical dont SYRIZA se réclamait ?

Les propos autour de la refondation de SYRIZA rappellent beaucoup les- déclarations de tous les chefs du PASOK depuis sa création qui expliquaient que le PASOK était « le grand mouvement démocratique en Grèce » et par conséquent le pôle gouvernemental à gauche en Grèce. Cette analyse était l’explication théorique et politique du bipartisme PASOK-N.D. en Grèce que SYRIZA comme toute la gauche a toujours sévèrement critiqué.

Peut-être que Tsipras essayera de transformer SYRIZA comme futur et unique pôle gouvernemental de la gauche grecque pour remplacer le PASOK au sein du bipartisme. En tout cas, les média grecs parlent déjà du nouveau dipôle SYRIZA-N.D : des cadres de SYRIZA reprennent souvent ces termes et expliquent que cette bataille politique se joue entre le SYRIZA et la N.D.

Le temps montrera dans quelle direction se déroulera cette refondation de SYRIZA aussi bien sur le plan organisationnel que sur le plan idéologique. Néanmoins, il est regrettable de voir le SYRIZA reproduire la logique du bipartisme qu’il a, tout comme le KKE et l’extrême gauche grecque, toujours combattu.

3. 5. Avec qui gouverner ?

3. 5. a. Le cas de la Di.Mar.

Cette question est centrale pour SYRIZA comme aussi pour toute formation politique qui prétend vouloir gouverner le pays. SYRIZA se prononce pour un gouvernement de gauche. Les deux partenaires parlementaires potentiels sont le KKE (PC grec), très hostile à l’idée même d’un gouvernement avec SYRIZA, et Di.Mar.

Comme nous avons expliqué précédemment Di.Mar. est un parti issu de l’aile droite, social-démocrate de SYNASPISMOS. Di.Mar. a aussi récupéré quelques anciens cadres de PASOK et surtout des députés du PASOK qui ont voté le mémorandum. Certaines personnes expliquent que la scission de Di.Mar. de SYNASPISMOS est la garantie qui éviterait un glissement de SYRIZA plus à droite. Comme nous avons déjà expliqué précédemment celle-ci s’effectue de toute manière. Mais cette « droitisation » a lieu à notre avis pour séduire la Di.Mar. Durant son mandat exploratoire, Tsipras a eu une réunion avec le chef de Di.Mar., Fotis Kouvelis, qui a exprimé son soutien à Tsipras et à la démarche de SYRIZA pour la constitution d’un gouvernement de gauche.

Quand la démarche de SYRIZA n’a pas abouti, Kouvelis et la Di.Mar. se sont prononcés pour la constitution d’un gouvernement du centre gauche entre le SYRIZA, la Di.Mar. et le PASOK ! Ensuite, il se prononçait comme dernier solution pour un gouvernement d’union national entre la N.D., le SYRIZA, la Di.Mar. et le PASOK. A chaque tentative de négociation, Kouvelis met en avant deux lignes rouge pour son parti : 1) le maintien de la Grèce dans la zone euro et 2) la désintégration progressive du pays du mémorandum suite à des négociations avec la Troika et les créanciers de la Grèce. Ces deux
positions étaient les positions principales de Di.Mar. avant le 6 Mai et resteront ces positions pour l’élection du 17 Juin.

De plus, la Di.Mar. critique sévèrement SYRIZA et Tsipras. La Di.Mar. pense que le nouveau scrutin est de la responsabilité de SYRIZA qui n’a pas accepté de participer à un gouvernement comme elle le proposait. Elle pense aussi que l’annulation unilatérale du mémorandum conduirait le pays en dehors de l’U.E. et elle exclue toute action unilatérale.

En tout cas malgré ce comportement de la Di.Mar. Tsipras et le SYRIZA continuent à faire des appels à la direction de la Di.Mar. et Kouvelis de son côté se dit prêt à accepter à condition que ces deux points soient respecter. Les positions initiales de SYRIZA avant le 6 mai semblaient complètement incompatibles avec celles de Di.Mar. Après l’évolution de SYRIZA, ces positions sont potentiellement compatibles avec les deux conditions de Kouvelis.

3. 5. b. Le PASOK

Le PASOK déclare qu’il ne gouvernera pas avec SYRIZA puisqu’il considère que Tsipras et SYRIZA sont dangereux pour le maintien du pays dans la zone euro. Mais de son côté SYRIZA ne veut pas gouverner avec le PASOK, le parti qui a appliqué le mémorandum.

Si après le 17 juin, il y aura un gouvernement entre le SYRIZA et le PASOK on pourra parler d’un grand retournement de situation, mais nous pensons qu’un tel scénario est plus proche de la science fiction que de la réalité. Un accord avec les Grecs Indépendants, comme nous l’expliquerons par la suite, nous semble plus probable qu’une coalition avec le PASOK.

3. 5. c. Arsenis, Katseli et le « blanchiment » des anciens cadres du PASOK

Durant son mandat exploratoire, Tsipras a eu une réunion avec le parti de Mme Katseli [19] ancienne ministre du gouvernement qui a négocié et appliqué le mémorandum, députée du PASOK qui a quitté le PASOK quelques mois seulement avant les élections. Depuis, il y a des déclarations de rapprochement de la part de Katseli vers le SYRIZA et son parti ne se présentera pas aux élections du 17 juin. Katseli et son mari ont été longtemps considérés comme l’aile socialiste du PASOK.

De plus, lors de la formation du gouvernement de transition entre les deux scrutins, Tsipras a proposé comme Premier Ministre M. Arsenis [20]. Les chefs du PASOK et de la N.D. ont refusé et ils ont appuyé la proposition du président de la république c’est-à-dire le maintient de Papademos. Tsipras s’est montré favorable à cela [21] ! Suite aux avis défavorables des autres dirigeants des formations parlementaires présentes (G.I. et Di.Mar.), la procédure constitutionnelle obligatoire a été suivie [22] et le président du conseil d’Etat M. Pikramenos [23] a été nommé comme premier ministre transitoire.

Tsipras n’avait aucune raison de proposer Arsenis pour Premier Ministre ni d’accepter le maintien de Papdemos. Il faut noter qu’Arsenis est un homme politique synonyme, dans la conscience des gens, du PASOK. Il a failli succéder à Andreas Papandreou après son décès et sa carrière politique a été ruinée suite au grand mouvement lycéen et étudiant du milieu des années 1990. La proposition de Tsipras est à notre avis un clin d’œil de plus vers l’électorat traditionnel du PASOK.

Un autre phénomène est le « blanchiment » des anciens cadres du PASOK. Nous ne faisons pas référence à Sofia Sakorafa, Alexis Mitropoulos ou Panagiotis Kourouplis qui n’ont pas exercé des fonctions gouvernementales ou syndicales dans le passé Sakorafa et Mitropoulos ont eu des positionnements toujours très à gauche durant leur vie militante au PASOK. Sakorafa est aussi un député qui a voté contre le mémorandum dès le début, elle a quitté le PASOK suite à cela et est à la tête du comité pour l’audit de la dette publique.

Nous faisons référence à d’autres anciens cadres du PASOK qui ont rejoint le SYRIZA et surtout les dirigeants de SYNASPISMOS. Il s’agit d’anciens cadres comme Horafas, comme Kotsakas, ancien ministre et bras droit de Tsohatzopoulos, qui est emprisonné en ce moment même pour des faits grave de corruption, ou encore comme Raftopoulos, copain de Tsohatzopoulos, également et surtout ancien chef de la GSEE (CGT grecque) entre 1983 et 1989, période d’intégration complète du mouvement ouvrier grec.

3. 5. d. Les Grecs Indépendants

Comme nous l’avons expliqué précédemment, les Grecs Indépendants (G.I.), sont une formation anti-mémorandum souverainiste de droite. Les G.I. sont issus d’une scission de la N.D. au moment où elle a changé de position sur le mémorandum, a voté pour le mémorandum et a soutenu le gouvernement Papademos par sa participation également. Ils ont été rejoints par des anciens cadres du PASOK qui ont quitté le PASOK au moment du vote sur le mémorandum.

Les deux positions centrales des G.I. sont l’annulation unilatérale des mémorandums et des accords de prêts ainsi que l’annulation unilatérale de la dette odieuse, suite à un audit (la dette odieuse selon eux dépasse 70% de la dette publique du pays), et une grande restructuration du restant suite à des négociations avec les créanciers. Kammos, le chef des G.I., a expliqué qu’il pourrait peut-être donner un « vote de tolérance » à un éventuel gouvernement de SYRIZA. Vu le paysage politique en ce moment en Grèce et les relations de SYRIZA avec les autres partis politique (notamment le KKE et la Di.Mar.), les Grecs Indépendants semblent un appui indispensable afin que SYRIZA puisse former un gouvernement anti-mémorandum après l’élection du 17 Juin.

3. 6. La stratégie de négociation de SYRIZA

La stratégie de SYRIZA se base sur l’analyse suivante : selon les dirigeants de SYRIZA, la Troika et l’U.E. seront obligés de négocier avec la Grèce et avec un éventuel gouvernement de SYRIZA. Les dirigeants de SYRIZA expliquent que les systèmes banquiers européens sont tellement interconnectés entre eux qu’un effondrement général de la zone euro sera produit soit par un éventuel effondrement de la Grèce [48], soit par d’éventuelles actions unilatérales de la part de la Grèce. Par conséquent, face à cette réalité les dirigeants européens accepteront de négocier. De plus, les dirigeants de SYRIZA expliquent qu’il n’existe pas la
procédure juridique et institutionnelle pour exclure la Grèce de la zone euro [24]. Cette position est aussi défendue par les G.I.. Par ailleurs cette position est aussi avancée par des universitaires grecs. Pour cette raison, entre autres, les dirigeants européens quand ils parlent du destin de la Grèce et de la zone euro, disent que la Grèce pourrait sortir (de sa propre
volonté), mais ils sont beaucoup plus prudents et modérés dans leurs propos concernant une éventuelle exclusion.

Comme nous l’avons dit précédemment, Tsipras pense à une négociation globale au niveau européen pour changer complètement la politique économique et financière, pas seulement en Grèce mais au niveau de l’U.E. De plus, il croit qu’avec « sa gestion de la crise grecque », il pourra faire céder les dirigeants européens.

A notre avis, même si Tsipras veut négocier avec la Troika, il lui faudra utiliser « l’arme » de l’annulation unilatérale de la dette pour démarrer ses négociations par une meilleure position. Ceci est démontré par les exemples historiques similaires. De plus, comme nous avons expliqué précédemment l’annulation unilatérale de la dette est, à notre avis, une solution mature dans la conscience de la société grecque et, politiquement, elle est la seule solution à la hauteur de la gravité de la situation.

Après tout, cette histoire rassemble beaucoup à notre avis à une « partie de poker ». Chaque joueur mise, fait des déclarations, bluffe (ou pas ?!) etc., mais ceci ne durera pas éternellement : à la fin, les cartes s’ouvriront et on verra qui sera le gagnant. En tout cas, ce qui est sûr est que derrière cette « partie de poker » il y a des vies humaines et le futur de millions des gens qui veulent simplement vivre et non pas survivre [25].

4. Conclusion

En Grèce comme en Europe, SYRIZA est présentée comme « la colère » ou « la peste » par les forces pro-mémorandum. Ces mêmes forces expliquent que l’euro est synonyme du mémorandum et vise versa pour la société grecque. Comme nous l’avons montré, SYRIZA n’est ni une force politique révolutionnaire ni une force politique extrémiste, comme cela est souvent présentée. SYRIZA avance ses propositions qui sont sur une ligne pro-européenne, mais à l’antipode de la logique d’austérité et de la rigueur appliquée actuellement partout en Europe.

Nous pensons que le score électoral de SYRIZA est une grande victoire. Ce score permet « la libération » des couches de la population grecque qui votaient depuis très longtemps pour le PASOK. Ceci a été analysé et démontré à la deuxième partie de l’article.

Dans ce sens là, il s’agit bien d’une avancée majeure dans le paysage politique du pays. Ce texte et notamment sa troisième partie exerce une critique sévère vis-à-vis de SYRIZA.

Néanmoins, nous pensons que cette critique part des faits réels dont les sources sont citées quasiment à chaque fois. Nous essayons d’effectuer « une analyse concrète d’une situation concrète » [26]. Nous osons faire une prédiction, nous pensons que SYRIZA gagnera les élections du 17 juin. Les sondages de la semaine dernière étaient assez favorables. Les sondages de dimanche dernier (27 mai) l’étaient un peu moins. Néanmoins, nous pensons que les évolutions au sein du corps électoral que nous avons décrites dans la deuxième partie de cet article sont profondes ; ils se confirmeront et s’accentueront même lors du scrutin du 17 juin. Ceci donnera à notre avis la victoire à SYRIZA.

Une victoire de SYRIZA est très importante. Elle sera un véritable bouleversement pour la Grèce comme aussi pour l’Europe. Néanmoins, nous pensons qu’il faut rester mesuré face à ces événements et notamment pour les raisons que nous avons développées à la troisième partie de l’article. A notre avis, il faut avoir un regard critique face à SYRIZA. Tout d’abord parce que la critique, fondée sur des faits réels bien évidement, constitue une véritable « arme » pour analyser les phénomènes comme celui de SYRIZA, et aussi pour « interpréter le monde de différentes manières, mais ce qui importe c’est de le transformer » [27]. De plus, cette critique n’a pas un but d’autosatisfaction ou d’auto-affirmation du type « nous l’avions prédit que SYRIZA vous trahira (!) », mais pour éviter une déception des classes populaires qui attendent beaucoup de la gauche à cette période de crise historique au niveau mondial.

« Critique signifie bien culture et non évolution spontanée et naturelle » [28Antonio Gramsci

Notes

[1http://www.europe1.fr/MediaCenter/E… ; http://www.dailymotion.com/video/xq…
1_news

[2http://www.europe1.fr/MediaCenter/E… ; http://www.dailymotion.com/video/xq…
1_news

[3http://www.guardian.co.uk/world/201…http://www.lalsace.fr/actualite/201…

[4http://news.in.gr/greece/article/?a…

[5http://acrovasies.blogspot.fr/2012/…

[6http://www.imerisia.gr/article.aspc… et http://topontiki.gr/article/35390

[7http://www.guardian.co.uk/world/201…

[8http://www.particommuniste.be/index…

[9http://www.europe1.fr/MediaCenter/E… ; http://www.dailymotion.com/video/xq…
1_news

[10http://www.liberation.fr/politiques…

[11http://www.lesechos.fr/economie-pol…
suscite-une-tres-grande-inquietude-325239.php

[12] Il y a plein de témoignages qui confirment ses propos. Nous avons aussi été témoins de discutions où des militants de SYRIZA ont utilisé l’argument du vote utile. Cet argument a été beaucoup utilisé par SYRIZA la dernière semaine de la campagne quand les sondages montraient que SYRIZA allait effectuer un score exceptionnel et alors que ANTARSYA la coalition de la gauche anticapitaliste était à un niveau de 2%-2,5%.

[13] Voir sur ESSF (article 25249), Syriza ou la percée magistrale d’une expérience unitaire unique et originale :http://www.europe-solidaire.org/spi…

[14] Ce problème n’est jamais mentionné dans les articles écrits en français et en anglais. En Grèce bien évidement cette question fait parti du débat à l’intérieur de SYRIZA comme aussi à l’intérieur de l’ensemble de la gauche du pays.

[15http://www.tovima.gr/afieromata/ele…

[16http://www.tovima.gr/society/articl… ;
http://www.newsplus.gr/ekloges_2012…

[17http://www.koel.gr/index.php-option…

[18http://www.tanea.gr/ellada/article/…

[19] Son parti n’a pas pu accéder au parlement. Il a recueilli seulement 0,96% et 60.597 voix.

[20http://www.presidency.gr/wp-content…

[21http://www.presidency.gr/wp-content…

[22] Selon la constitution, le premier ministre transitoire doit être choisi à l’unanimité par les chefs des partis qui siègent au parlement.En cas de désaccord la constitution prévoit qu’un des présidents des trois cours suprême du pays occupe la fonction entre les deux scrutins.

[23] Pour la petite histoire, M. Pikremenos se traduit en français comme M. Dégouté

[24] Nous pensons que sur ce point la direction de SYRIZA a raison. Néanmoins, les questions souvent dépassent le simple cadre juridique et institutionnel.

[25] Mot d’ordre en Grèce : « on veut vivre et non pas survivre »

[26] Lénine, « Le communisme », 12 juin 1920, Revue de l’Internationale communiste pour les pays de langue allemande, Œuvres – T. XXXI (avril – décembre 1920),
http://www.marxists.org/francais/le…

[27] K. Marx, F. Engels, « Thèses sur Feuebach » thèse XI,
http://www.marxists.org/francais/ma…

[28] A. Gramsci, « Socialisme et culture »,
http://www.marxists.org/francais/gr…

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