Comment l’euro pourrait être sauvé

http://www.spiegel.de/wirtschaft/soziales/0,1518,828724,00.html

Paul Krugman, traduit de l’allemand par Sissie Bara

L’introduction de l’euro était une erreur fatale. Néanmoins, la monnaie commune pourrait survivre. Pour faire cela, l’Europe doit reconnaître,  les véritables causes de la crise – et  prendre plus d’inflation en compte dans le marché.

Depuis près de 60 ans, l’Europe tente une expérience exceptionnelle qui consiste à établir un continent ravagé par la guerre, à travers  l’intégration économique, et prendre le chemin de la démocratie et de la paix durable. Le monde entier a un intérêt dans le succès de ce projet et son échec lui porterait un grand dommage.

L’idée européenne repose également sur l’introduction d’une monnaie commune, qui a été une étape fatale du point de vue de la crise actuelle. Les élites européennes étaient tellement enthousiastes à l’idée de créer un puissant symbole d’unité qui ils ont exagéré les avantages de la monnaie unique, et n’ont pas pris en considération tous les avertissements exprimés sur ses inconvénients.

Les pays d’Europe du sud ont une histoire des taux d’intérêt de leurs dette publique sensiblement plus élevés  que ceux de l’Allemagne.  Les investisseurs exigeaient  alors de ces pays une prime de risque contre le risque d’une dévaluation ou d’une faillite. Avec l’introduction de l’ euro ces primes de risque ont été quasi-disparues:les obligations d’Etat espagnol,  italiennes et même grecques ont été soudainement traités comme si elles étaient aussi sûres que les titres de la dette allemande. Les Européens du Sud se sont trouvés tout d’un coup avec beaucoup d’argent moins cher. La conséquence a été un boom dans le marché immobilier, qui s’est rapidement transformée en une bulle spéculative.

L’afflux de capitaux dans ces pays a conduit à des augmentations de salaires: Au cours des dix premières années qui ont suivis l’introduction de l’euro,   le coût de salaire unitaire (le rapport entre les salaires et la productivité) a été augmenté dans le sud de l’Europe de 35% alors qu’en Allemagne, n’a été augmenté que 9%. Dans  l’Europe du sud, la production industrielle devenait donc de moins en moins compétitive, et les pays qui ont attiré beaucoup d’investissements étrangers, ont commencé à accumulé de plus en plus des déficits commerciaux.

L’erreur fatal de l’Europe réside dans sa conviction que la crise a été le résultat de la gestion financière irresponsable. Certes, ce schéma pourrait expliquer en partie le cas de la crise grecque. Mais même l’histoire grecque est plus compliquée.  L’Irlande avant la crise, avait au contraire un excédent budgétaire et son niveau d’endettement était faible. L’Espagne avait également eu un excédent budgétaire et une dette publique pas importante.

Mais beaucoup de dirigeants européens, menés par des hommes politiques  allemands, des dirigeants de la BCE et des leaders d’opinion dans le monde financier; insistaient dans  l’interprétation illusoire de la crise sans se laisser voir la réalité en face. Ils ont présenté le problème en termes moraux: Les pays concernés ont péché, et maintenant ils n’ont qu’à payer – une approche très mauvaise pour résoudre les problèmes réels du continent.

L’euro lui-même a provoqué la crise

L’Europe, en particulier la zone euro dans son ensemble, n’est pas en principe aussi mauvaise que l’on pense. Mais l’Europe n’est pas un tout. Ce n’est qu’un rassemblement d’Etats avec leurs propres budgets (car il n’y a aucune politique budgétaire commune ), et leurs propres marchés du travail (car la mobilité des travailleurs en Europe est faible). Ce que ces Etats n’ont pas, c’est leur propre monnaie. Et c’est justement ce qui a déclenché la crise.

Si nous prenons le cas de l’Espagne, qui est pour nous le symbole de la crise européenne, et nous  remettons la question du budget de l’Etat à long terme, nous allons constater que le vrai problème espagnol, dont dépend tout le reste, est de réduire, les coûts et les prix. L’Espagne et les autres pays en crise de la zone euro,  n’ont pas leur propre monnaie.  En vue de réduire leurs coûts, ils doivent alors souffrir pendant une longue période de chômage de masse, suffisamment élevée pour faire baisser les salaires.

En général, les Etats se débarrassent de leur dette avec un mélange d’inflation et de croissance économique, qui les aident à réduire le fardeau réel de la dette. Mais pour les pays de la zone euro ce chemin n’est pas ouvert, et ils sont condamnés à des années de déflation et de stagnation. Il n’est donc pas surprenant que les investisseurs se demandent si les nations d’Europe du Sud sont prêts et capables de payer intégralement leurs dettes.

Sauvetage en trois étapes

Faudrait-il alors conseiller l’Union européenne de prendre un peu de recul et revenir à des monnaies nationales? Pas nécessairement.

Tout d’abord, l’Europe doit mettre un terme à des crises de panique. La solution la plus simple serait que la BCE achète en grande quantité les obligations d’Etat des pays de la zone euro.

Deuxièmement, les Etats qui ont des déficits commerciaux insoutenables, ont besoin de l’aide pour devenir à nouveau compétitifs. À court terme, les Etats avec un excédent  commercial important doivent développer une forte demande des marchandises et des produits en provenance d’autres pays européens. En outre, ces Etats déficitaires  ont  besoin à moyen terme  d’un taux d’inflation modérée de 3 à 4%, pour éviter que toute déflation coûteuse s’installe. Ils ont donc besoin de la part de la BCE d’une politique monétaire expansive et  d’un plan de relance pour l’Allemagne et certains Etats plus petits.

La Banque centrale européenne nous a surpris positivement, depuis que l’Italien Mario Draghi, a succédé à la présidence de cette institution le Français Jean-Claude Trichet. Certes Draghi au début a refusé résolument d’acheter des obligations émises par des États en situation de crise. Mais par la suite  a annoncé que la BCE  accepterait les emprunts d’Etat comme garantie de crédit donné aux banques privées. C’est ce qui revenait finalement au même résultat.

Néanmoins restent les cas les plus extrêmes: à savoir la Grèce, le Portugal et l’Irlande. Pays qui sont exclues du marché du capital privé. Ils dépendent d’un certain nombre de prêts ad hoc de la «troïka» des Etats puissants européens, de la BCE et du Fonds monétaire international.

L’économie n’est pas un conte morale

Malheureusement, la troïka donne inévitablement trop peu et  trop tard. En outre, les pays déficitaires ont dû mettre en œuvre  des mesures d’austérité draconiennes, immédiates et d’augmentations des impôts, en échange de prêts d’urgence . Ces mesures restent malgré toute la rigueur, derrière leurs objectifs, parce qu’ils rétrécissent l’économie et font baisser les recettes fiscales.Dans le même temps rien n’a été fait pour créer un environnement dans lequel les pays déficitaires deviennent à nouveau compétitifs. De nombreux hommes politiques européens semblent déterminés à « helléniser » l’histoire, et ils prétendent que non seulement en Grèce, mais dans tous les pays déficitaires, les difficultés rencontrés trouvent leur origine uniquement dans  leur propre politique budgétaire irresponsable. Si le problème était un gaspillage, alors la solution doit maintenant être l’économie.

C’est comme si il s’agit d’une histoire de morale en économie, mais avec un élément supplémentaire: Les péchés pour lesquels ces pays doivent être punis, ils ne les ont même pas commis en grande partie!

*Le texte est un extrait de l’e-book « La solution à la crise, » publié le 23 avril par la maison d’éditions Campus.  Il est basé sur le nouveau livre de Paul Krugman « Oubliez la crise», qui sera publié également à mi-mai par campus 

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