Notes d’Athènes et commentaires sur les élections à venir.

La une du journal nationaliste En Peiraiei (06/04/2012)Un bonjour d’Athènes

Je suis arrivé en Grèce depuis quelques jours. C’est un ciel bleu qui m’a accueillit, les jours suivants sont plus pluvieux mais pour un pays connaissant chaque année la sécheresse ça fait du bien.

Malheureusement la pluie ne lave pas certaines choses. Sur la photographie figurant à la “une” de l’hebdomadaire du Pirée : En Piraiei du 06/04/2012 figure un homme portant une capuche noire et tenant un couteau. Le couteau se trouve en premier plan, en net, l’homme au deuxième plan, en flou. Le commentaire accompagnant la photo dit : Interview choc d’un bandit algérien. Suit une citation du dit bandit «Nous sommes venus en Grèce nous faire 100.000 à 150.000 € et on se casse». 

La diffusion de En Piraiei est locale et limitée mais vous pouvez y voir la tendance des journaux nationalistes. Des interviews/articles choc, écrit en dehors de toute déontologie journalistique, d’ailleurs surement inventé de toute pièce pour celui qui fait la une et que je vous ai traduit.Sur la gauche, en haut, l’homme dans la photo est le chef de file des néo-nazis grecs : Nikolaos Mixaloliakos (dont le cousin, portant le même nom, a été élu maire du Pirée sous l’étiquette de la nouvelle démocratie). « L’Aube dorée” dont il est le président devrait faire son entrée au parlement grec aux prochaines législatives avec des sondages leur attribuant de 3 à 5 %, soit de dix à quinze députés (sur 300) pour des personnes défilants sous la croix gammée et organisant périodiquement des pogroms anti immigrés dans certains quartiers paupérisés du centre d’Athènes. Encore que, les anarchistes, plus nombreux, ont répliqués et organisent périodiquement des barrages anti pogroms. Du coup les agressions racistes ont pris la forme d’attaque blitzkrieg prenant pour cible des immigrés isolés se trouvant au mauvais endroit, au mauvais moment.

La présence de la figure de l’immigré et surtout celle de l’immigré clandestin semble repartir à la hausse dans les médias et les débats politiques.

Le sujet en Grèce prend autre une ampleur quand on sait que le pays est devenu « LA » porte d’entrée de l’U.E pour les clandestins. L’enjeu sur les terres hellènes se complique avec les règlements européens Dublin I et II. Ils prévoient le renvoie des immigrés clandestins dans le premier pays de l’U.E où ils ont été arrêtés. Si j’essaye de schématiser, ça nous donne : un afghan clandestin est arrêté en Grèce, il est relâché avec ordre de quitter le territoire ou dans l’attente de décision sur sa demande d’asile politique, il continue son trajet vers l’ouest, se refait arrêté en France et est renvoyé en Grèce qui le relâche … Il en reste des “hommes ombres” qui zonent dans les grands centre urbains d’Athènes et Thessalonique en attendant de repartir vers l’ouest. Tout cela se passe dans une société en pleine crise économique et institutionnelle. Ajouter à cela le fait que la Grèce blanche n’a connue la couleur sur ses terres que depuis 10 ou 15 ans. Que la nationalité s’obtient comme pour les allemands par droit du sang et non du sol. Vu la situation économique, le détournement du sujet à des fins politiques et la monté de l’extrême droite et des néo nazis est inévitable, c’est l’ampleur qu’il va prendre qui va dépendre de la réaction de la partie de la société non xénophobe.

J’oubliais, cela fait quelques mois que l’on attend des élections anticipées en Grèce. La gestion de la crise économique a enlevée toute légitimité aux gouvernements successifs, le peuple grec n’ayant jamais eu l’occasion de se prononcer par les urnes sur la question de la dette et encore moins de sa gestion. En conséquence, plus le temps passe, plus la légitimité des représentants politiques s’amenuise.

Cette présence de l’immigré « menaçant” dans des débats (pauvres en substance d’après moi) du monde politico-médiatique perturbe. A qui profites le crim., pardon, l’immigré?

Des figures issues des deux grands partis qui co gouvernent actuellement (le Parti Socialiste et la Nouvelle Démocratie (droite), ou certains des « grands journalistes” tentent de remettre de temps en tant la figure de l’immigré au centre des débats ce mois-ci. Il n’est pas possible de ne pas y voir, comme ailleurs, une manipulation électorale dangereuse. La peur et les réactions identitaires que suscite le sujet peut limiter les autres questionnements, évitant ainsi de trop s’expliquer sur la crise, les mesures prises et celles qui suivront. Le PS et la ND sont les seuls partis à avoir gouvernés la Grèce depuis 1974 (chute du régime des colonels). Ils ont trop de responsabilités partagées pour ne pas avoir envie de limiter le débat ou le garder en sourdine. Jouer le jeu de la carte identitaire a un danger pour eux, celui que les extrêmes droites empochent la mise.

Les semaines suivantes en diront plus long mais on dirait que le PS et la ND ont décidés de ne pas vraiment faire campagne (pas de tracts, pas d’affiche, pas vraiment de programme) et se limitent à la participation de leurs pontes à des talks shows télévisés et quelques meeting politiques. Ce qui est sûr, c’est que la rue leur est hostile et les politiciens ont peur de s’y aventurer depuis que plusieurs d’entre eux ont reçus sur la tête des produits frais, yaourt, oeufs, etc.

Pour l’instant les partis de gauche, sont crédités de sondages avantageux (30 à 35 % pour les trois partis de gauche principaux, DIMAR (centre gauche), PC grec et SYRIZA (gauche radicale)). Ils ont du mal cependant à proposer une autre façon de faire avec la dette et au vu de leurs dissensions, voir l’animosité qui existe entre eux, toute alliance électorale est exclue. Tant que cela sera le cas, le PS et la Nouvelle démocratie se voient maintenus au pouvoir malgré leur chute vertigineuse dans les sondages.

Actuellement PS et ND sont crédités ensemble de 35% des votes. Du jamais vu en Grèce qui a connu depuis 1974 un quasi bipartisme, le pourcentage cumulé du PS et de la ND aux législatives n’étant jamais descendu en dessous de 67% (1974 et 1977) et en dessous de 77% depuis 1981 (avec des pics à 85% en 2000 et 2004)

Malgré cela, un 35% à 40% à deux pourrait suffire à leurs donner une majorité courte et fragile au parlement ainsi qu’un nouveau co gouvernement ? En effet le système électoral grec prévoit que le parti ou la coalition qui sort gagnant aux élections obtient une prime de 50 sièges sur 300 pour asseoir son gouvernement. Le reste des 250 sièges est partagé à la proportionnelle entre les partis ayant obtenus plus de 3% des suffrages exprimés.

Pour les intentions de vote les sondeurs notent une volatilité des intentions très importante d’une semaine à l’autre jamais vu depuis 1974.

Est ce que le PS et la ND veulent co-gouverner avec le soutien de moins de la moitié de la population (un tiers peut être) quand le programme a mettre en place est la continuation du démantèlement de tout état providence, tout service publique, tout droit du travail, la privatisation de tout, bref, toutes les mesures que va continué de demander la troïka (FMI, Commission, Banque centrale européenne) ? Tout ça pour le bien de la Grèce?

Les forces de gauches sont la seule alternative (démocratique) existante théoriquement à ce modèle. Tant qu’elles n’arrivent pas à dépasser leurs différences, s’accorder sur un programme de gouvernement et une autre façon de gérer la crise la ND et le PS peuvent espérer rester sur leur trône.

Beaucoup à Athènes anticipent déjà la suite. De ces élections sortirait un co gouvernement PS / ND fragile qui attendrait le délai légal minimum pour dissoudre l’assemblée et appeler à de nouvelles élections afin d’obtenir une majorité plus large et plus solide. Ce raisonnement suit le raisonnement simple comme quoi l’instabilité économique actuelle non compensée par un gouvernement stable va effrayée la population, la répétition d’élections va calmer les ardeurs et ramener une partie des électeurs à voter pour l’un des deux grands partis traditionnels. Les partis et les responsables (politiques) de la situation actuelle pourraient être reconduits. Ce qui tranquilliserait les cadres et ténors politiques corrompus des deux partis hors porté de la justice pour encore longtemps.

Le problème est que le peuple demande la tête des responsables et des politiques corrompus en premier lieu. Bien que la société dans sa totalité doive se remettre en question si elle souhaite aller de l’avant la classe politique grecque a fait beaucoup pour mériter la vindicte populaire.

Celui qui en a fait de trop et qui sert de défouloir depuis 2010 est un ex membre du PS ayant occupé entre 1985 et 2004 plusieurs portefeuilles ministériels dont celui du ministère de la défense. Le coupable : Akis Tsoxatzopoulos. Les grecs avaient été choqués quand ils ont appris en 2004 la facture de son mariage à Paris estimée à plus 2 millions d’euros. La justice cherche à savoir combien de pots de vins lui a versé Siemens pour garantir l’achat par l’état grec de divers équipements militaires. La compagnie allemande est impliquée par ailleurs dans différents scandales pour l’obtention de marchés publics. Le préjudice pour l’état grec a été estimé entre 2 à 3 milliards d’euros. Noter que la dette publique de la Grèce (avant les renégociations de mars 2012) était de 330 milliards.

Alors des têtes, oui, dans la rue on en demande et pas qu’une. On peut des lors se demander à quel jeux politico-médiatiques assiste–t on avec l’affaire Tsoxatzopoulos revenue ces jours-ci (le 13/04 à ma connaissance) sur les devants de la scène. A quelques semaines des élections ce calendrier de la justice pose des questions. Si l’on cherche à passer le message comme quoi la justice fonctionne (enfin) et qu’elle n’épargne pas les politiciens, ce n’est pas convainquant. Mais peut être que ce n’est qu’un hasard.

Quoi qu’il en soit, pour l’instant il y a le présent et des élections, que l’on croit en elle où non, elles auront lieu le même jour que le deuxième tour des présidentielles en France, le 06/05/2012.

Affaire à suivre.

Sincèrement

Nikos

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