Le déclenchement des CDS ne fait plus peur, par Clément Lacombe

Ils ont longtemps fait peur, mais aujourd’hui ils ont de grandes chances d’êtreactivés dans le dossier grec. Les credit default swaps (CDS), ces produits financiers permettant de s’assurer contre la faillite d’un emprunteur, devraient êtredéclenchés.

Athènes a en effet décidé de faire jouer les « clauses d’actions collectives » (CAC) qui ont été intégrées de façon rétroactive dans les obligations hellènes de droit grec il y a une dizaine de jours. Ces clauses forceront, contre leur volonté, certains banquiers et autres assureurs à prendre leurs pertes sur les créances grecques qu’ils détiennent. Ce qui permettra de faire passer de 83,5 % à 95,7 % le taux de participation à la restructuration de la dette. Et mettra de fait fin au côté dit« volontaire » de la procédure.

Il reviendra à l’International Swaps and Derivatives Association (ISDA), regroupant plus de 800 utilisateurs de produits financiers dérivés, de dire si l’activation de ces CAC constitue ou non un « événement de crédit », selon le terme consacré, et donc déclenche ou pas les CDS. La décision devait être prise, vendredi en début d’après-midi, par un vote d’au moins douze voix au sein d’un comité de quinze membres de l’ISDA – des représentants de dix grandes banques européennes et américaines ainsi que de cinq fonds.

Jusqu’ici, l’ISDA a considéré que la restructuration grecque, qui n’était pas contrainte, ne constituait pas un événement de crédit. Parce qu’ils craignaient justement une activation des CDS, les bailleurs de fonds de la Grèce ont privilégié la procédure de restructuration « volontaire ».

« Personne n’a d’idée précise sur ce marché des CDS, qui les détient, s’il y a une grosse banque derrière les ayant émis », expliquait fin octobre 2011 un très haut responsable européen. Le spectre d’AIG, le géant de l’assurance américain contraint à la nationalisation en 2008 après avoir multiplié les ventes de CDS et soudain exsangue, était alors dans toutes les têtes.

« DES PERDANTS ET DES GAGNANTS »

Le marché des CDS est en effet assez opaque. Selon les chiffres de la chambre de compensation américaine, au 2 mars, la valeur nette des CDS sur la Grèce atteint 3,16 milliards de dollars (2,3 milliards d’euros), des pertes amortissables par le système financier. Mais la valeur brute de tous les contrats, elle, atteint 68,9 milliards de dollars.

« Il y a eu ces derniers mois un gros travail de supervision coordonné par le régulateur européen de marchés, l’ESMA, et la quasi-totalité des superviseurs ont regardé la situation, explique une source proche des régulateurs. Il y aura des perdants et des gagnants, mais pas de faillite d’établissements. » Selon les chiffres de l’Autorité bancaire européenne (EBA), les pertes potentielles pour les établissements européens se limitaient, au 30 septembre 2011, à 610 millions d’euros.

Certains estiment même que le déclenchement des CDS sur la Grèce doitpermettre de sauver ce marché de l’assurance sur défaut, dont l’existence même était remise en cause jusqu’ici du fait de leur non-activation dans le cas grec. « On a plus à perdre à ne pas voir les CDS déclenchés que l’inverse, explique une source européenne. Il est très important que les investisseurs puissent se protéger afin qu’ils retournent durablement sur les dettes souveraines. »

Clément Lacombe

Cet article a été publié dans le monde du 9/3/2012

http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/03/09/le-declenchement-des-cds-ne-fait-plus-peur_1655416_1581613.html#ens_id=1508090

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s