La dette, la Grèce, déconstruction de quelques idées reçues, par le Collectif pour un Audit Citoyen de la dette publique

http://www.audit-citoyen.org/

La crise grecque a amené son lot de commentaires sur la Grèce et les Grecs. Ces derniers, filous, roublards, primesautiers et paresseux, seraient ainsi à l’origine d’une grave crise, qui ne saurait être résolue qu’autrement que par une défection de la zone euro et/ou une succession de plans de rigueur.
Sans doute est-il temps de revenir sur quelques idées rabattues, sur nos ami(e)s grecs, et d’en regarder les fondements. Sans doute est-il également temps de se pencher sur ce qui peut, aujourd’hui, pour la Grèce, pour la France comme pour l’Europe représenter un sujet d’inquiétude.

La Grèce, l’Europe et des idées reçues un peu trop répandues.

1. Les Grecs paient le prix d’un endettement élevé.

Les cigales grecques de l’Europe, se seraient trouvés fort dépourvus, lorsque les créanciers sont venus frapper à sa porte. Comme tout bon débiteur, la Grèce doit maintenant payer le prix d’une mauvaise gestion des comptes public, d’un comportement que tout bon père de famille ne saurait défendre. La Grèce aurait ainsi laisser filer ses déficits et sa dette, laquelle est autour de 160% du PIB aujourd’hui.

Mais… la dette de la Grèce était de 120% du PIB en 2008, soit un niveau voisin de celui de l’Italie. Elle est de 160% aujourd’hui. Les honnêtes créanciers réclamant leur dû ont bon dos, et l’on entend guère parler de spéculateurs peu scrupuleux, notamment ceux de Goldman Sachs (Et peut-être cela peut-il se comprendre par la forte présence d’anciens dirigeants de Goldman Sachs à la tête de pays européens et d’institutions européennes…)1, ayant joué un rôle primordial dans le désastre actuel de la Grèce. Et à titre de comparaison, la dette japonaise, qui avoisine les 225% du PIB ne déchaîne pas autant les marchés…

En outre, entre 2000 et 2009 ; la Grèce a emprunté 486 milliards d’euros, et a utilisé 450 milliards d’euros pour rembourser sa dette. Les Grecs ont bel et bien consenti un effort financier important pour payer leur dette2.

Concernant l’endettement privé, la Grèce a un faible ratio d’endettement par rapport au revenu disponible. Ce ratio est de 40% en 2009… contre 122% au Royaume-Uni, à la même époque.

2. Les Grecs ne travaillent pas assez.

Les Grecs, paresseux et filous, un peu trop partisans du moins effort, ne mettraient pas assez la main à la pâte et à l’appareil productif de leur économie. Il faut dire que le soleil méditerranéen n’incite certainement pas à l’efficacité. Ils partiraient même à la retraite à 50 ans. Les Allemands, en revanche, connaissent le sens de la valeur travail, et c’est notamment cela qui explique les différences entre les deux pays…

Mais… la libérale OCDE compte 2190 heures travaillées en Grèce en 2009, contre 1554 en France et 1390 en Allemagne… En 2010, Eurostat chiffre à 40,9 heures la semaine de travail grecque… contre 36,6 pour l’euro zone. Vous avez dit paresseux ? Les Grecs seraient les plus gros travailleurs d’Europe, et dans cette compétition entre pays de l’OCDE, seuls les Coréens les devanceraient. La productivité des Grecs est également supérieure à celle de l’UE-15.

Concernant la retraite grecque… et bien 35 années de cotisation sont nécessaires pour toucher une retraite pleine, ou 37 année pour ceux qui veulent partir à 50 ans. Si certaines professions bénéficient également d’avantages en la matière – dans le domaine militaire, notamment – il n’en reste pas moins que l’âge moyen de départ en retraite est de 61,4 ans en 2010… contre 62 ans en Allemagne. Enfin, l’âge de la retraite a finalement été repoussé à 65 ans en Grèce.

3. Les Grecs ne paient pas assez d’impôts.

La fraude fiscale, éternelle ennemie d’un budget sain, se serait abattue sur la Grèce telle un fléau. Mauvais citoyens, les Grecs auraient cédé à la tentation de l’évasion et de la fraude.

L’évasion fiscale grecque est estimée à environ 12 milliards d’euros3, ce qui correspond à environ 6% du PIB. L’évasion fiscale est donc réelle. Mais il est faux de dire qu’elle serait une sorte de sport national. 5% des redevables seraient ainsi responsables de plus de 8 dixième de la fraude totale… L’impôt pèse, comme bien souvent, de manière injuste sur les petits et moyens salaires. En 2009, les salariés et retraités contribuent à 53% du paiement du total des impôts directs. Les personnes morales, elles, comptent pour 31%4.

Surtout, la question de la fraude fiscale invite à se pencher sur d’autres manières, légales, d’alléger le fardeau fiscale… Le clergé grec ne paie pas d’impôt (tout en étant en possession d’un patrimoine égal à deux fois l’endettement du pays)5. Les entreprises grecques, elles, ont vu le taux d’imposition de leurs bénéfices cumulés non distribués baisser de 24 à 20%6. Les entreprises grecques dégagent d’ailleurs une rentabilité de cinq points de pourcentage supérieure à celle de leurs homologues européennes. Scandaleux, le taux d’imposition à 0% des armateurs grecs…. qui est en outre inscrit dans la Constitution7.

4. Les fonctionnaires Grecs sont trop nombreux

Les fonctionnaires grecs représenteraient un fardeau, une dépense improductive nuisible à la santé de l’économie grecque. L’embauche de fonctionnaires ne serait qu’un symptôme de plus d’une classe politique rompue et corrompue aux dépenses clientélaires.

Mais…la Grèce a actuellement un taux d’emploi public faible, comparé aux autres pays européens. En Grèce, l’emploi public représente 12% de l’emploi total, soit 10 points de moins que dans le cas français. Les dépenses liées à la rémunération des emplois publiques sont également plus faibles qu’en France : elles représentent 11,5% du PIB contre 12,5% en France8. Enfin, les dépenses publiques grecques atteignent environ 47% du PIB, ce qui est inférieur aux niveaux britanniques, français, danois et autrichiens.

Est-ce à dire que toutes les dépenses publiques grecques sont saines et incontournables ? Certainement pas. Les budgets militaires grecs, largement épargnés par les plans d’austérité ne sont sans doute pas incompressibles… La Grèce a aussi son lot de dépenses gaspillées au gré de faveurs politiques… mais cela ne permet pas de dire que les Grecs, dans leur ensemble, ont profité d’un secteur public démesuré. Les aides sociales sont faibles et les dépenses de santé inférieures de plusieurs points de PIB à celles d’autres pays comme l’Allemagne.

5. Les Grecs ont dilapidé les aides européennes lors des plans de sauvetage, et, partant, les impôts aimablement payés par leurs concitoyens.

Les plans d’aide accordés à la Grèce ne seraient que le fruit des prélèvements obligatoires imposés aux citoyens européens, et déversés dans le puits sans fond de l’économie grecque.

… Mais les plans d’aide, ce sont surtout des prêts9, consentis avec un taux d’intérêt compris entre 3 et 5%, par des banques, lesquelles empruntent jusqu’à 10 fois inférieurs à la Banque Centrale Européenne. La France et l’Allemagne auraient ainsi reçu, durant l’année 2011, 300 millions d’intérêt provenant de leur « aide » à la Grèce. On aura vu plus désintéressé et plus gratuit en matière de don… D’après des analyses, les remboursements de prêts accaparent 60% de l’aide reçue par la Grèce.

6. La Grèce doit maintenant quitter l’Europe

La Grèce doit maintenant quitter, l’Europe et la zone euro. Un retour à la drachme serait la meilleure option envisageable. Cela permettrait à la Grèce de reprendre possession des commandes de la politique monétaire, et de retrouver sa compétitivité grâce à une dévaluation inaccessible en union monétaire.

Mais… cela risque d’entraîner une crise bancaire et politique sévère. Cette crise serait probablement préjudiciable à l’ensemble de l’Europe, car elle témoignerait des fragilités, et du manque de solidarité, de l’union entre pays européens.

7. Les plans d’austérité, une nécessité.

La Grèce arrive aujourd’hui à son huitième plan d’austérité. Ces plans d’austérité seraient de salvatrices mesures destinées à montrer aux investisseurs la fiabilité de la Grèce, à restaurer l’équilibre des comptes. Il s’agirait enfin d’un juste retour à la normale après des périodes de vaches grasses à crédit.

Mais… la situation empire. Entre octobre et décembre 2011, l’économie grecque s’est contractée de 7%. Le taux de chômage a augmenté de 50% en 2011. De manière générale, les dettes filent plus vite dans les pays qui ont mis en place des plans d’austérité. L’austérité est contre-productive. En ralentissant la croissance, elle induit mécaniquement une hausse de la dette en pourcentage du PIB. En comprimant les salaires, elle réduit la demande à la base du dynamisme économique. Elle augmente l’épargne liée au manque de confiance dans l’avenir… épargne qui tend à fuir à l’étranger dans le cas grec.

Fondamentalement, comment espérer que des mesures d’austérité relance une économie affaiblie ? Comment espérer que le malade recouvre la santé après avoir été vidé de son sang et de ses forces vives ? Le taux de chômage des jeunes flirte avec les 50% en Grèce, il est de 25% pour le reste de la population active. L’épargne s’expatrie. Les plans de rigueur, asséchant l’économie, amplifient les désordres et affament chaque jour davantage de Grecs.

Purges salutaires, ces cures d’austérité sont administrées par la sinistre alliance entre une élite financière et une classe politique qui renie ses engagements démocratiques. Ces cures salvatrices ne sont évidemment pas sans rappeler les vertueuses saignées de médecins malgré eux en mal d’exercice autoritaire. REF NEEDED

En revanche, on entend nettement moins parler aujourd’hui, des souffrances réelles et présentes, du peuple grec. Et l’on peut craindre que cette situation ne préfigure, si nous n’y prenons pas garde, si nous ne nous mobilisons pas assez, ce qui nous attend, nous Français, nous Européens.

De vrais sujets de préoccupation.
Les manifestation se multiplient en Grèce, et semblent être le tragique signe d’un profond dysfonctionnement du système démocratique. Le jour où le huitième plan d’austérité a été voté, 100 000 personnes battaient le pavé dans les rues d’Athènes. Les affrontements de rue, violents, se multiplient. Autour du 13 février, près de 40 immeubles ont été incendiés, des centaines de boutiques ont été dévastées10. L’instabilité politique s’installe, les exclusions de parti accompagnent les démissions.

La pauvreté s’accroît. 10 000 enfants souffriraient de malnutrition, rien qu’à Athènes. Le système hospitalier a perdu 40% de ses financements depuis le début de la crise. La corruption des personnels de santé s’est banalisée.. et les tarifs flambent pour qui veut accéder à l’hôpital11. Certaines femmes ont ainsi été exclu de l’hôpital car elles ne pouvaient payer les mille euros de tarifs… pour accoucher ! La drogue fait évidemment des ravages : le nombre des consommateurs d’héroïne aurait cru de 20% entre 2010 et 2011. Les taux d’infection au VIH ont augmenté de 52%. Sur la même période également, les suicides ont cru de 25%. Entre 2007 et 2009, les homicides ont doublé.

Le tissu économique se désagrège. 80 000 PME ont mis la clé sous la porte depuis le début de la crise12. Le chômage est endémique. En 2011, le PIB grec s’est contracté de 7%

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