La Grèce aujourd’hui, c’est l’Espagne de 36 !, par Nico Cué

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Notre avenir se joue dans le berceau de la démocratie. Par la volonté de la « troïka » (FMI, la Banque centrale et Commission européenne), le capitalisme financier veut mettre à genoux le peuple grec. Ils font de la Grèce un laboratoire social et politique pour l’Europe de demain. La misère et l’humiliation des travailleurs grecs annoncent celles de la classe ouvrière européenne toute entière.

Edito de Nico Cué, 27/02/2012.

(Deutsche Fassung hierunter)

Le 12 février, les rues d’Athènes ont dit « non » quand le Parlement offrait le sinistre spectacle de la soumission. Dans les rangs de la majorité, ceux qui ont tenté de résister ont été bannis. A l’extérieur, un impressionnant déploiement policier devait « protéger » les élus contre… leur peuple. Le débat, la résistance et le rejet de toute résignation se trouvaient faces aux hommes armés, de l’autre côté des chevaux de frise, dans les nuages de lacrymogène.

L’Histoire qui balbutie ?

La Grèce, aujourd’hui, c’est l’Espagne de 1936 ! L’aventure franquiste avait alors ouvert la voie au déferlement fasciste sur tout le continent. Ici, la crise de la dette sert de paravent pour un changement de régime. A nous de mobiliser les nouvelles « brigades internationales » !

Notre solidarité avec les travailleurs grecs est spontanée, évidente, désintéressée. Elle est aussi indispensable parce que les mécanismes de domination politique et économique sont identiques là-bas et chez nous. Les objectifs budgétaires que l’Europe nous impose sont l’occasion d’une réforme sociale sans précédent… Elle n’a rien à voir avec l’état des finances publiques. Il s’agit de « sauver » la compétitivité d’entreprises qui génèrent depuis une dizaine d’années des profits croissants qui alimentent l’explosion de la rémunération du capital.

La revendication obsessionnelle d’une révision de l’indexation des salaires en est ici un exemple éclairant. Le financement des besoins collectifs est fondé, chez nous, très majoritairement sur l’impôt payé au départ du travail (directement ou indirectement). En gelant les salaires, par un saut ou quelque révision de l’index qui soit, c’est la base même des ressources de l’État qu’on réduit. C’est donc le déficit qu’on aggrave. Contrairement au baratin de la « pensée unique », la remise en cause de l’index nuira aux finances publiques !

Les petites mains du système

Pourquoi les « petites mains » du système qui se sont déchaînées pour condamner la perspective même de la grève du 30 janvier n’expliquent-elles pas cela ? La grève générale a été l’occasion d’un déferlement inédit de condamnations médiatiques, sentencieuses et… vaines, au final. Les leaders d’opinion se sont relayés pour expliquer combien cette « bombe atomique » était inutile, inefficace et stérile. On nous l’a répété, sur tous les tons, à longueur d’antenne et de colonnes. Ce fut sans aucun effet sur la mobilisation des travailleurs… Sinon de cultiver le terreau poujadiste d’un antisyndicalisme de caniveau.

Plus étonnant : les mêmes journalistes qui s’époumonaient à convaincre de « l’inutilité » de toute résistance à l’austérité, à prêcher une résignation bienveillante et à répéter que chacun était appelé à « faire son effort », découvraient, le froid venu, avec une incrédule stupéfaction, les premiers effets de la paupérisation de la société. Ils organisaient alors une obscène mise en scène de la misère. Cette grandiose scénarisation de bons sentiments a une dimension politique. Les « chiens de garde » qui conspuent les défenseurs d’un État social encensent les élans individuels sur le mode de… la charité privée. Ils ont ainsi opté pour une « privatisation » de la solidarité. Très dans l’air d’un temps… qui s’achève !

La prêche systématique de l’impuissance à éviter l’austérité, l’agression régulière des intérêts des travailleurs, avec ou sans emploi, quand ce n’est pas la mise en question des organisations syndicales elles-mêmes, témoignent d’une situation nouvelle : la peur change de camp…

Alors, se résigner et se taire ? Avec nous, jamais ! « Rien ne servirait de se battre » ? Foutaise ! Chaque bataille est utile. Même quand son importance ne se mesure pas dans l’immédiat. Chaque action est une goutte d’eau qui remplit de résistance un vase d’insatisfactions. La dernière, celle qui le fait déborder en changeant la réalité et les conditions de nos vies, justifie rarement par elle seule les troubles qu’elle sème. Elle donne néanmoins tout leur sens à celles qui l’ont précédé.

Au moment où l’Histoire s’accélère, à nous d’être les acteurs des temps présents… Nous avons un projet construit sur des valeurs fortes : l’égalité, la solidarité, l’internationalisme… La FGTB développe des alternatives contre l’austérité pour défendre des citoyens et sauvegarder leur bien-être. Les évangélistes du système entendent nous réduire au silence ou à la marginalité. Comptons donc sur nos propres forces pour convaincre et gagner la bataille de l’opinion. Contre les médias s’ils le décident ! Nous devons ferrailler à coup d’arguments partout où nous sommes, dans les ateliers, sur les marchés, dans les repas de famille…

Il nous appartient de rassembler autour de notre vision d’avenir ceux dont nous partageons l’intérêt de résister au rouleau compresseur capitaliste : les intellectuels, les artistes, la société civile et ses associations mais également les petits indépendants, les paysans…

Pour constituer un large front contre la barbarie !

Nico Cue, Secrétaire général de la MWB

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